L'ASTROLOGIE EST UNE DIVINATION? QUELLE IMPORTANCE..., par Geoffrey CORNELIUS

Le moment ne détermine pas la signification pour nous, c'est nous qui attribuons la signification au moment. Il n’y a pas de technique pour faire en sorte que des signes et des présages se produisent, mais il y a un rituel que nous faisons pour inviter les dieux et les esprits, et créer l’espace où leur signe peut se produire, c'est l’espace sacré de l’horoscope. Alors nous voyons juste ce qui arrive. Le temps de l’astrologie, c’est le temps assigné, donné par l’intentionnalité de la conscience. Ce qui se manifeste dans la réponse provient par la grâce, la providence ou la chance.

Article basé sur une conférence donnée à United Astrology Congress d’Atlanta le 22 mai 1998.
Il a été publié dans The Mountain Astrologer n° 81, Octobre-Novembre 1998, pp. 38-45.
Version originale publiée sur Cosmocritics

Mon sujet aujourd’hui est la subtile question de savoir si l’astrologie est une divination. Je suppose que la plupart d’entre vous ont vu Thomas Moore prononcer son discours d’ouverture hier (1). Moore a surpris beaucoup de gens dans l’auditoire lorsqu’il a loué l’aspect divinatoire de l’astrologie. Il disait que les astrologues devraient se rendre compte qu’ils font de la divination, et qu’ils ne devraient pas continuer à utiliser l’astrologie comme une sorte de lecture ou d’inférence des influences cosmiques.

Peut-être que quelqu’un qui a une certaine distance avec l’astrologie, quelqu’un qui aime ses symboles mais qui n’est pas un artiste horoscopique, serait capable de percevoir notre pratique clairement. Beaucoup d’entre nous, cependant, n’aiment pas l’hypothèse de la divination, parce que cela compromettrait l’objectivité de la pratique. À mon avis, c’est cette objectivation même de l’expérience de l’astrologie qui nous lie - et nous aveugle.

Divination est un mot qui est souvent utilisé vaguement pour signifier un type d’intuition. Les processus les plus élevés de ce que nous faisons dans n’importe quel art ou science impliquent cette merveilleuse capacité intuitive. De cette façon, nous pourrions tous être d’accord, "D’accord, l’astrologie est divination, et puis après?" Mon but ici aujourd’hui est d’élever le "et puis après?" Vous n’aimerez peut-être pas certaines choses que j’ai à dire. Ceci est toujours utile parce qu’il est important que vous y réfléchissiez et que vous puissiez dire pourquoi vous ne l’aimez pas ; alors nous serons plus au clair sur la nature de notre astrologie.

Je suis arrivé à l’astrologie directement par le Yi Ching et un amour de la divination. J’avais donc déjà une attitude particulière à l’égard de la pratique de l’astrologie, la considérant par le prisme d’autres pratiques divinatoires. Cela signifie que je comparerais déjà l’horoscope avec le tirage aléatoire du jeu de Tarot, le jet de pièces, ou la manipulation des tiges d’achillée. Pour beaucoup de gens, par contre, l’astrologie est la première forme de pensée symbolique qu’ils ont explorée, ce qui rend leur expérience quelque peu différente. Pour eux, l’astrologie semble être la preuve d’un modèle universel et impersonnel, à l’œuvre en tout temps et en tout lieu, licite et pas du tout aléatoire, et certainement pas, en aucune façon, dépendante de la décision d’un devin de faire une divination.

En raison de mon intérêt passionné pour la divination et les systèmes de symboles, dans mes premières années en astrologie j’ai assisté avec empressement à des conférences d’astrologie et lu des livres d’astrologie pour l’illumination sur le sujet. Conférence après conférence et livre après livre, je n’ai presque jamais rencontré le mot "divination" en relation avec l’astrologie, sauf dans le sens général déjà mentionné, à savoir que l’astrologie nous permet de pressentir une réalité plus élevée. Mais jamais dans le sens que la pratique formelle de l’astrologie - ses méthodes, techniques, et son mode d’interprétation - est un système divinatoire qui peut être étudié à la lumière de ce que nous savons sur le Yi Ching, le Tarot, les feuilles de thé, toute cette gamme de pratiques appelées divination.

Ma compréhension est que le cœur de notre pratique détient la lecture des présages dans ses origines. La lecture astrale des présages remonte au moins à la civilisation de la Mésopotamie, à un mode de conscience véritablement archaïque qui considérait les présages comme significatifs. Cette idée est intimement liée à l’ancienne conception selon laquelle tout l’univers est rempli d’un être spirituel et d’une intelligence de tous les degrés et de tous les niveaux, à la fois près de nous et loin de nous. Ces conceptions sont venues de sociétés ayant la compréhension polythéiste et païenne que les planètes, les étoiles, et toutes les choses de la nature sont intrinsèquement divines. Le travail du devin et du spectateur d’étoiles est de deviner, ou de savoir, la volonté ou le mouvement de ces êtres spirituels et comment ils sont en relation avec nous.

Comment le devin sait-il ces choses ? Il ou elle cherche une indication, un signe donné par le dieu ou l’esprit et adressé directement au devin ou à la tribu ou la nation pour laquelle le devin divine. Notez le mot directement - le dieu ou l’esprit parle à la première personne (Je) et s’adresse à la deuxième personne à celui qui devine (Tu). Le dieu répond à notre préoccupation et à notre désir et à notre question, et nous parle à travers le présage. C’est la racine et l’origine de ce que nous, astrologues, faisons.

Lorsqu’il est replacé dans le contexte du modèle classique de l’astrologie, le dialogue Je/Tu du présage est perdu. La construction ultérieure de l’astrologie établit un modèle abstrait, universel et rationalisé des influences célestes, à la place de la manifestation chaotique et intime d’un présage "ici et maintenant". Je pense que dans ce mouvement d’abstraction, quelque chose d’absolument essentiel à la pratique de l’astrologie a été recouvert et oublié. L’oublier conduit à un vide conceptuel et spirituel.

J’ai senti pendant de nombreuses années qu’il y a un vide au cœur de cette pratique de l’astrologie que j’aime et qui je pense est si révélateur. J’ai des amis qui ont prononcé les vœux du dharma bouddhiste et des amis qui pratiquent sérieusement le christianisme et le mysticisme, et ils posent la question sincèrement et sérieusement : "À quoi de bien cette pratique sert-elle? Pourquoi faites-vous cela?" C’est une question très stimulante. Dans toute l’histoire de l’astrologie occidentale, je crois qu’elle n’a pas été suffisamment bien posée ou résolue. La question de la nature spirituelle de l’astrologie, de croire que nous pouvons nous mettre nous-mêmes en relation avec quelque chose qu’on appelle divin, est mise de côté dans notre tradition classique.

Très tôt dans l’attaque des pères de l’église contre toutes les formes de paganisme, les astrologues ont vite appris qu’ils ne devraient pas dire directement que leur art leur a donné la connaissance des choses surnaturelles. Un astrologue dans la culture islamique ou chrétienne était sous l’immédiate douleur hérétique, et peut-être la mort. Le fait que ce que nous faisons puisse être surnaturel et impliquer des dieux ou des esprits n’est tout simplement pas une pensée permise dans la tradition classique de l’astrologie. Ce ne peut pas être une pensée admissible face à la puissance écrasante du monothéisme et de la philosophie rationnelle des Grecs.

Il n’y a pas de place pour une vieille astrologie de la lecture des présages, avec ses oracles et son lien avec les augures et autres. Il n’y a qu’une place pour une astrologie rationalisée des influences spirituelles qui travaille sur les graines des choses au moment de la naissance - un type de causalité spirituelle-scientifique. C’est le grand modèle qui nous est donné depuis Ptolémée. C’est le modèle soutenu par l’astrologie islamique et dans toute la tradition occidentale.

Les critiques intelligentes de l’astrologie soutiennent que les astrologues ont toujours réussi à utiliser la culture dominante et l’Éthos de l’époque dans laquelle ils vivent (la science et la philosophie de leur époque) pour se déguiser et poursuivre habilement leurs pratiques. C’est absolument vrai. C’est ainsi que notre extraordinaire forme de conscience symbolique a survécu. Nous nous sommes déguisés en science aristotélicienne pendant près de deux millénaires. Puis nous nous sommes attelés à la science moderne à la renaissance d’il y a deux siècles quand l’astrologie s’est déguisée en magnétisme et en électricité, et plus tard en ondes radio. La psychologie des profondeurs en est juste le dernier déguisement. Peut-être ne pouvons-nous rien faire d’autre, car comment cette forme de symbolisme peut-elle survivre sans être dans la position corrompue de mentir, en quelque sorte, sur elle-même pour s’en sortir ? C’est quelque chose que les occultistes ont toujours su - on ne parle pas de certaines choses.

Nous essayons habituellement d’oublier les critiques et simplement de continuer avec notre astrologie. C’est compréhensible, et cela dit, nos adversaires sont vraiment riches d’enseignements pour nous. L’une des plus grandes attaques contre l’astrologie a eu lieu il y a environ 500 ans, à la fin du XVe siècle en Italie, lorsque Marsile Ficin, un superbe astrologue lui-même, et son élève, Pic de la Mirandole, surnommé par ses amis l’homme le plus instruit de son temps, ont ri des astrologues de Florence, les "petits ogres" qui croyaient que, par leurs oracles, ils détenaient le pouvoir des cieux pour définir le destin de l’homme. La Dispute de Pic contre l’astrologie divinatoire (1493-1494) est devenu le modèle pour bien d’autres attaques décisives au XVIIe. Elle marque un tournant dans le déclin historique de l’astrologie. Ces magiciens de la Renaissance ont été appelés humanistes parce qu’ils détestaient toute forme de déterminisme, y compris et surtout le déterminisme des étoiles, capable de dégrader la dignité et la liberté de l’âme humaine. Ils ont pratiqué la magie dans le vrai sens du mot - la magie de l’imagerie, l’invocation, la Kabbale, le christianisme lui-même. À ce moment de notre histoire, la conscience imaginative appelée magie et l’art des jugements horoscopiques se séparèrent. En même temps, Pic déconstruisait facilement la fausse justification dérivée d’Aristote et de Ptolémée, qui sous-tendait la théorie de l’astrologie. Ainsi, ce qui semble tout d’abord avoir été une rupture entre l’astrologie et l’humanisme magico-religieux de la Renaissance s’est avéré être à la fois la rupture entre l’astrologie et la science, et a préfiguré le déclin presque final de notre art qui surviendra avec les lumières scientifiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Après Pic, l’horoscopie artisanale n’a plus jamais été une affaire intellectuelle sérieuse.
Il est important pour nous de comprendre que cette attaque des magiciens et des symbolistes était une protestation contre les doctrines grossières et matérialistes des astrologues de leur époque. Et d’où venait ce matérialisme ? À mon avis, il provenait de la fausse structure pseudo-causale et pseudo-rationnelle que les astrologues avaient longtemps adoptée pour déguiser leur art.

Où en sommes-nous maintenant sur la question de l’astrologie en tant que science ? Il me semble que ces derniers temps, et certainement aux États-Unis, notre quête de crédibilité scientifique pour l’astrologie a été reléguée au second plan. C’était il y a quelques années, principalement à cause du travail de Gauquelin, mais nous semblons nous en éloigner maintenant. Je n’ai pas l’intention de m’opposer à la recherche scientifique, mais je ne crois pas qu’elle ait grand-chose à offrir à l’astrologie. Notre pratique n’est pas fondée sur des observations pertinentes pour la science de notre époque. C’est pourquoi la plupart des astrologues sont complètement indifférents aux résultats de toutes les recherches et statistiques.

J’ai eu la chance, la témérité ou la stupidité de parler avec Paul Kurtz, l’un des principaux responsables de l’énorme attaque sur l’astrologie qui a été publié en 1975 dans la revue américaine, l’humaniste (2). J’avais réussi à le piéger à une machine à café lors d’une conférence de sceptiques à Londres. Le pauvre homme essayait de sortir le café du distributeur et je lui ai dit : "Je suis astrologue. Ravi de vous rencontrer. Voilà, écoutez, je sais que cela inquiète quelqu’un comme vous quand un astrologue fait des revendications scientifiques, mais si un astrologue vous disait que ce que nous faisons est une interprétation poétique du ciel, que diriez-vous?" Il a dit, "Ce serait très bien, très bien," et il est retourné à son café. Donc Paul Kurtz et les lauréats du prix Nobel qui ont protesté contre l’astrologie ne se soucieraient de rien si nous disions que nous faisons de l’astronomie poétique. Ils ont un problème lorsque les astrologues revendiquent tout l’édifice et la compréhension de la pensée scientifique et de sa puissance, l’utilisant comme base pour le fonctionnement de l’astrologie. Je ne blâme pas Paul Kurtz de voir rouge. Peut-être que nous les astrologues avons, plus qu’eux, un malentendu. Si nous continuons à leur présenter notre sujet aussi mal, nous pouvons nous attendre à ce genre d’attaques en retour. C’est notre karma, pas le leur.

Lorsqu’il y a une attaque contre l’astrologie, il est particulièrement important que nous nous rendions compte de ce que nous disons nous-mêmes sur notre sujet, plutôt que de nous plaindre de la stupidité de ceux qui nous attaquent. Je ne pense pas que nous donnions une réponse claire sur ce que nous faisons. Il est malhonnête de la part des astrologues de même faire allusion à une base scientifique d’un genre tel que la physique ou la biologie. Nous serions sur un terrain beaucoup plus solide si nous disions : "Ce que nous faisons est une sorte d’imagination symbolique. Nous croyons que cela a un effet réel et des résultats concrets. C’est quelque chose que les psychologues et les parapsychologues devraient examiner. Ce que nous faisons concerne en fait des pouvoirs remarquables de l’imagination humaine qui impliquent quelque chose de très extraordinaire sur la nature de la réalité et la nature de l’esprit." Je crois que c’est quelque chose qui mérite une vraie science et une vraie étude. Autrement, nous nous accrochons à des divisions et à de fausses batailles.

Il ne peut y avoir aucun doute que, étrangement et mystérieusement, il y a un certain type de réponse dans l’univers - saisie dans l’ancienne doctrine des correspondances - qui est digne d’un effort scientifique-spirituel, ou d’une science du futur. De même, des phénomènes tels que ceux produits par Gauquelin ne peuvent pas être écartés; ils appartiennent certainement à ce royaume étrange qui est stimulant aux coins de la science. Il n’y a aucune raison pour nous astrologues de se détourner d’eux, mais il n’y a aucune raison de les revendiquer comme base de notre pratique. Voilà le hic.

Étant donné les paradoxes de notre compréhension actuelle, je suggère que nous prenions une "double conception", une division de signification en astrologie en deux ordres, que j’ai appelés, respectivement, astrologie naturelle et divinatoire (3). Par astrologie divinatoire, je veux dire à peu près la même chose que l’ancien terme d’astrologie judiciaire, qui signifie l’art des jugements particuliers, à partir de l’horoscope. Oui, l’astrologie a une présence physique et objective, un mystère occulte de l’ordre naturel des choses. Il existe certains phénomènes objectifs qui sont même ouverts à notre science actuelle. Tout ceci appartient à une astrologie de la Nature. Mais quand vous ou moi jugeons un horoscope, notre jugement n’est pas basé sur ces composants ou ces catégories. Il est tout à fait possible que quelque chose ait une véritable référence physique et une connexion à un univers mystérieusement organisé, de la manière que les astrologues au fil des millénaires ont découvert, et, en même temps, pour chacun de nos actes d’interprétation d’horoscope, d’être uniquement subjectif, une création imaginative. Il est possible que les deux existent ensemble.

Considérons une autre forme divinatoire comme un exemple : si vous connaissez le Yi Ching, le Livre des Changements, vous savez qu’il fonctionne. Il offre - à sa manière - une vérité objective. Le Yi Ching est basé sur des trigrammes qui ont des affinités naturelles : le vent, l’eau, le bois. Lorsque vous faites une divination avec le Yi Ching en manipulant les trigrammes, avec leurs références au monde naturel, cela ne dépend d’aucune vérité objective que vous connaissez déjà sur la nature du vent, de l’eau ou du bois. Ce sont des images tirées de la nature, avec un véritable rôle dans la nature qui peut être étudié. Pourtant, nous pouvons immédiatement utiliser ces images dans un acte de création pour construire, voir et révéler un sens à une situation. Ils ne dépendent littéralement pas du bois ou du vent. Lorsqu’il s’agit d’autres systèmes de symboles, il est très évident que nous n’avons pas besoin d’être littéraux, mais nous, les astrologues, en dépit de toutes les protestations contraires, sommes tellement littéraux à ce sujet. Et notre littéralité ne réside pas dans la beauté des interprétations des planètes, des signes et des maisons, mais dans le fait le plus fondamental de tous : de où obtenons nous le moment de l’astrologie. Je parle du moment de la naissance. Mais j’y reviendrai sous peu.

Certains astrologues ne peuvent pas supporter l’idée qu’un niveau considérable de l’inférence tirée des symboles est un type de processus subjectif et créatif de l’astrologue, et ne dépend pas d’un processus physique dans le monde naturel. En effet, l’ensemble de notre arrière-plan ptolémaïque et aristotélicien ne nous permet pas de prendre cette direction et nous ramène à des planètes en temps réel avec des influences en temps réel.
Nous pouvons appeler ça la synchronicité, pourquoi pas, mais nous parlons toujours des planètes physiques et des positions physiques notées dans les éphémérides : "Mon Dieu, la planète Uranus est vraiment là ; je ne l’invente pas." Mais, bien sûr, il y a ce lien qui nous permet de voir Uranus se manifester dans le monde, et, la question est, d’où vient ce lien ? Ce morceau de création, cet événement de conscience, voit Uranus là dans le système solaire, y voit aussi un événement, et sait qu’il y a une connexion. D’où est-ce que ça vient ?

Peut-être que Carl Jung peut nous aider. Il est probablement celui qui a la plus importante influence intellectuelle pour les astrologues du XXe siècle. Quoi que vous fassiez avec lui, la ligne de fond est que s’il y a bien quelqu’un qui a donné une conception de l’astrologie viable pour l’âge moderne – une sur laquelle nous pouvons nous replier et utiliser pour nous justifier lors de rencontres quand nous nous disputons avec des rationalistes durs - c’est Jung. Son argumentation de l’astrologie en tant que synchronicité – un "principe de connexion a-causal" – est ici la clé. Sa point de vue préfigure la question que j’ai posée avec vous. L’astrologie est-elle une pratique de divination (comme les cartes du tarot ou les feuilles de thé) et, par conséquent, dépendante d’un acte de création imaginative plutôt que de faits objectifs établis dans la nature (tables et chaises, atomes et molécules)? Si oui, doit-elle être considérée comme subjective? En d’autres termes, les interprétations que j’obtiens à travers l’astrologie sont-elles réellement mes propres créations subjectives ?

Jung pourrait avoir donné une explication très adéquate de l’astrologie avec ces lignes, à savoir que tous les résultats se produisant en astrologie sont dus à la percée non rationnelle des archétypes à certains moments - synchronicité pure. Cependant, comme l’indique clairement sa lettre à l’astrologue français André Barbault, même si beaucoup de choses qui se produisent en astrologie peuvent être classées comme synchronicité, il serait trompeur d’aborder tous ses phénomènes de cette façon. Nos catégories de causalité, de synchronicité et de symbole ne sont que nos catégories mentales pour de telles choses ; "la nature n’est pas aussi simple" dit Jung (4). La façon dont les choses sont réellement défait toute tentative concluante d’attraper la Nature dans nos boîtes et catégories. Je pense que vous comprendrez pourquoi je cite ces points de vue de Jung à l’appui de ma suggestion que, comme manière réaliste de procéder, nous devrions permettre une double conception de la réalité astrologique plutôt que d’essayer d’unifier le tout et de trouver une seule perspective ou une seule "explication" pour couvrir tous ses phénomènes. Cependant, rappelez-vous l’essentiel de mon argument, qui est que notre pratique du jugement à partir des horoscopes, et les résultats que nous obtenons lorsque nous faisons ces jugements, constitue une divination, et implique une dimension profonde de la créativité psychique.

J’aimerais suivre Jung un peu plus loin sur les implications qu’aurait la perception de notre astrologie pratique comme une divination. Je le ferai en prenant l’idée de l’astrologie comme un "miroir métaphorique". Je suis certain que de nombreux astrologues modernes conviendront que tout le système des étoiles et des planètes est une métaphore ou une allégorie élaborée pour décrire une autre situation en réalité. Nous apportons ce miroir de symboles à une situation, nous lisons dans le miroir, puis faisons des déductions vers la réalité effective.

C’est une façon de décrire les systèmes divinatoires et de symboles. Les astrologues diront : "Bien sûr, c’est métaphorique. Mars n’est pas physiquement, au sens ordinaire, en train de nous faire quelque chose ; nous utilisons une métaphore de Mars pour nous aider à révéler de manière poétique la vérité de la vie humaine." Mais nous devons nous demander qui fait le voyant ici? C’est la psyché, mais d’abord et avant tout, c’est la psyché de l’astrologue. Bien sûr, pour de nombreux astrologues, le but est d’amener le client à regarder dans le miroir métaphorique. Mais sans l’intervention de l’astrologue, la création de l’espace de l’astrologie, il n’y aurait ni miroir ni vision. L’intervention de l’astrologue est une sorte de médiumnité. Nous devons dire par principe que l’astrologie, par définition, implique un observateur, mais en outre, l’astrologue est fondamentalement impliqué dans l’acte de voir le symbole. Une telle vision est totalement distincte de la possibilité et de la méthode de la science moderne, qui doit s’efforcer de séparer l’observateur de la matière observée. Mais ainsi nous rencontrons un mystère. L’image vue dans les symboles de l’astrologie est-elle subjective ou objective ? La nature n’est pas si simple. L’image dans le miroir métaphorique passe dans le monde.

L’idée de l’horoscope en tant que miroir métaphorique contribue largement à fournir une approche fonctionnelle de l’astrologie-divination, mais ce n’est pas en suffisant en soi pour finalement éloigner l’astrologie natale de ses fondements pseudo-causals et déterministes. Ceci est dû à la puissance extraordinaire de l’interprétation littérale du moment de la naissance. Un statut absolu est donné au moment objectif en termes de temps de l’horloge, non pas comme métaphore, mais comme une espèce de causalité céleste qui implante le modèle "métaphorique" à un moment de naissance sur l’horloge. Mais si nous nous arrêtons un peu pour y réfléchir, cette signification du moment de la naissance a été attribuée par les différents acteurs humains et, bien entendu, par l’astrologue. En d’autres termes, le moment de la naissance est traité par l’astrologue comme un événement biologique, c’est à dire en quelque sorte la considération d’un modèle métaphorique alors que le moment de la naissance est un fait dramatique et émotionnel à signification humaine, et les planètes sont appelées comme un moyen de symboliser cette signification. Mais, jusqu’à ce qu’il y ait quelqu’un pour "voir" cette signification dans le miroir métaphorique, il n’y a pas de signification. Nous attribuons la signification, pas les étoiles.

Le point de vue que j’ai énoncé ici peut sembler très mystérieux, mais il commence à s’épanouir dans la pratique. Une perception que j’ai eue dans l’enseignement est qu’une fois que les étudiants pratiquent l’astrologie sous un autre angle que le natal, leur attitude à son égard commence à changer et à s’ouvrir. Par exemple, quand les gens voient que l’astrologie horaire fonctionne vraiment, ils se rendent compte qu’elle a une objectivité. Cependant, toutes les catégories rationnelles qui existent sont complètement remise en question par cette pratique. C’est parce que l’astrologie horaire n’est pas arbitrée par une quelconque origine causale ou temporelle, comme par exemple le moment de  naissance. Une véritable astrologie horaire fournira directement la description donnée par les cieux d’une situation dans la vie humaine. C’est ici et maintenant pour vous, pour la personne, et pour n’importe quelle situation à laquelle vous vous intéressez, comme si les cieux se reflétaient soudainement en détail ce moment précis.

Ce moment authentique peut se produire aussi dans un thème évènementiel, et il est impossible d’expliquer par quelque moyen rationnel que ce soit comment il peut y avoir - physiquement et objectivement - une telle correspondance.

L’astrologie classique, dans l’ensemble, a eu beaucoup de problèmes avec l’astrologie horaire et tente généralement de la réprimer. Vous pouvez voir pourquoi elle est très clairement perçue par tout astrologue attentif, et par tout philosophe qui s’est penché sur l’astrologie au cours des siècles, comme suggérant directement la divination. Mais l’astrologie horaire induit également la question suivante à l’astrologue : l’ensemble de l’astrologie, et même l’astrologie natale, qui semble agir à partir d’influences à la naissance, est-il vraiment du même ordre? Je considère que oui.

Une autre façon de soulever la question de l’astrologie comme divination est le problème des thèmes erronés. La plupart des astrologues qui ont pratiqué le travail avec des clients ont eu l’expérience de produire une carte qui fonctionne parfaitement, mieux même que la norme, mais en vérifiant, il s’avère que la correction d’été est fausse d’une heure. Vous avez fait des progressions et des transits sur les angles précis, et ils fonctionnent, mais vous avez un faux thème ! Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’astrologues ayant quelque degré d’expérience qui n’aient pas vécu cette situation, et ça les affecte. Un astrologue réfléchi, compte tenu de notre théorie et de notre modèle d’astrologie, ne peut plus tenir aucune position, sauf celle du quasi-sceptique : "Eh bien, je suppose que nous pouvons lire n’importe quoi dans les symboles, etc." C’est pour nous une mauvaise position à prendre.

Le livre de Geoffrey Dean, Recent Advances in Natal Astrology, cite avec délectation les recueils d’astrologues qui ont rapporté ce phénomène (5). Évidemment, pour un critique scientifique de l’astrologie, cela semble pousser complètement l’astrologie par la fenêtre ; il n’y a aucune objectivité là-dedans. Et c’est vrai, si l’astrologie natale dépendait de l’heure physiologiquement objective de la naissance, alors les faux thèmes qui fonctionnent seraient presque impossibles à rationaliser et à expliquer. Mais, comme je l’ai déjà suggéré, du point de vue divinatoire et métaphorique, ce qui compte, c’est l’horoscope qui se présente ou qui "s’élève". Là où la psyché est concernée, le temps est presque infiniment flexible. Cette mystérieuse situation ne peut être justifiée en disant que les thèmes fonctionnent parce que les cieux influencent les choses à un certain moment en temps réel. Ce n’est pas ainsi que les cartes du ciel fonctionnent. Les horoscopes fonctionnent parce que la psyché et l’émotion sont mises en équation symbolique à travers un certain dispositif. Le dispositif normal et correct pour l’astrologue, en termes de rituel, pas de technique, est de s’efforcer absolument de trouver le moment précis de la naissance. C’est toutefois une procédure rituelle de la maison VI et non une procédure technique de la maison VI.

Pour le dire à nouveau : l’efficacité de l’astrologie peut ne pas dépendre de la bonne ou de la mauvaise carte du ciel, mais d’un processus de la psyché par lequel un astrologue se met mystérieusement en ligne avec la personne et le matériel. Il y a certainement suffisamment de preuves pour, tout au moins, nous faire douter de la base de la compréhension correcte en astrologie quand elle est correctement donnée par un moment objectif de temps physique.

C’est l’une des voies de folie pour étudier, par exemple, les modèles d’accidents d’avion. La plupart des horoscopes d’événements catastrophiques sont en fait des cartes du ciel sans signification. Toute recherche de mi-points, d’harmoniques ou autres subtilités dans le thème afin d’essayer d’en extraire un sens n’est tout simplement pas fructueuse. Pourquoi s’attendre à un moment particulier dans le temps de l’horloge pour obtenir un modèle particulier? Un moment n’a pas de signification tant qu’il n’y a pas quelqu’un pour qui c’est important. Du point de vue de l’astrologie en tant que divination, l’engagement psychique est la clé du symbole significatif.

Je ne sous-estime pas le fait que ce sont des arguments difficiles à accepter pour certains de mes confrères astrologues. Je voudrais revenir sur le sujet principal de cette discussion, et l’amener à une conclusion, en posant à nouveau la question principale à l’aide d’un diagramme. J’ai suggéré qu’une partie du phénomène de l’astrologie appartient au monde naturel et qu’il est en principe propice à la recherche scientifique. Néanmoins, la partie principale de ce que nous faisons est l’interprétation des symboles pour arriver à des inférences et des jugements particuliers, que ce soit sur le caractère ou sur les événements de la vie. Et cette pratique est la divination, pas la science. Si nous croyons que l’astrologie tient de la science, soit dans le sens matérialiste moderne, soit dans le sens spirituel-scientifique plus subtil du modèle médiéval donné par Aristote, alors nous trouverons notre terminologie et notre discussion en dessous de la ligne de démarcation sur le diagramme. L’un ou l’autre type de science, médiévale ou moderne, nous amènera effectivement à un modèle énergétique d’astrologie, impliquant peut-être des rayons planétaires, et un certain type de causalité ("spirituelle", toutefois), ou une pseudo-causalité déguisée (et mal comprise) en synchronicité.


Ce diagramme illustre la division entre le signe (ou le "symbole") et la cause. Ma conviction est que, depuis l’époque de l’astrologie grecque, notre tradition classique n’a jamais distingué ces deux possibilités avec succès, et les a perpétuellement confondus. Saint Augustin, peut-être le plus formidable et le plus perspicace de tous nos adversaires, voyait clairement notre dilemme. Il connaissait les pratiques païennes et avait étudié l’astrologie dans sa jeunesse. Dans sa grande attaque contre notre art, il observe que les astrologues (quand cela leur convient) disent, "Mars a causé l’action de la violence chez cet homme," et, si on insiste sur ce point, ils disent "Mars était un symbole," mais attrapez-les à un autre moment et ils parlent comme si Mars avait causé la chose. Augustin dit que le langage des astrologues a toujours glissé et n’a jamais été clair entre cette causalité et le processus de symbolisation. Oui, nous nous appuyons effectivement sur un modèle causal - surtout avec notre modèle médiéval classique - et parce qu’il dépend du temps objectif, du temps de l’horloge, il dépend de cette illusion d’objectivité pour le sécuriser. L’astrologie de ce genre est une forme d’observation empirique, et la signification dérivée semble être une signification théorique avec l’astrologue en tant qu’observateur. C’est de la science. La procédure à suivre pour lire cela est un type d’inférence logique à partir de symboles. C’est le modèle de l’astrologie grecque, romaine et arabe, et, en fin de compte, il ne peut pas désengager l’astrologie du fatalisme.
L’astrologie humaniste au XXe siècle - un noble projet - a tenté de désengager le modèle classique du fatalisme en disant que le thème natal montre le potentiel, plutôt que l’actualité. Il fait cette distinction pour échapper à l’ancien problème. Si vous êtes né, dit cette école de pensée, avec un Saturne très puissant, vous avez le potentiel pour certaines expériences de nature Saturnienne.

Rappelez-vous, cependant, que c’est un fatalisme à gant de velours parce que vous êtes toujours destiné à être né avec un potentiel de Saturne! Ça n’a pas vraiment évité le problème.
Un mouvement beaucoup plus radical est nécessaire : reconnaître que la structure même de ce que nous faisons dans l’interprétation des horoscopes ne dépend pas de l’influence des cieux sur la semence, ni d’une certaine "qualité du temps" objective sortie bruyamment des cieux, pas même par la co-occurrence synchronistique en temps objectif. Cela dépend de la présentation significative du symbole à la conscience (6). Le moment ne détermine pas la signification pour nous - nous attribuons la signification au moment. Alors nous voyons que l’astrologie traite de signes chaotiques et irrationnels et de présages de choses qui ne sont pas planifiées et ne peuvent pas être prédites - si et quand un signe se produit, nous le lisons. Il n’y a pas de technique pour faire en sorte que des signes et des présages se produisent, mais il y a un rituel que nous faisons pour inviter les dieux et les esprits, et créer l’espace où leur signe peut se produire - l’espace sacré de l’horoscope. Alors nous voyons juste ce qui arrive. Le temps de l’astrologie n’est plus le temps objectif Aristotélicien. C’est le temps assigné, donné par l’intentionnalité de la conscience, et ce qui se manifeste dans la réponse provient par la grâce, la providence ou la chance.

Regarder l’astrologie de cette façon soulève plus de questions que de réponses. Ce que j’ai abordé ici ne fait qu’effleurer la surface. Mais la divination est au cœur du problème, et la façon dont chacun de nous répond à cette question est très importante.

___________________
Notes

  1. Ceci fait référence au discours d'ouverture  donné par Thomas Moore à la United Astrology Conference le 21 Mai 1998. Ce discours était intitulé "Écologie des étoiles : l’imagination astrologique et le soin de la vie humaine".
  2. Bart Bok, Paul Kurtz et Lawrence Jerome, "Objections à l’astrologie : une déclaration de 186 scientifiques éminents", Humanist, Septembre/Octobre, 1975.
  3. Geoffrey Cornelius, "The Moment of Astrology", Londres : Penguin Arkana, 1994, pp. 72-3, 85, et annexe 6 de "Orders of Significance - A Summary" pp. 348-349. Édition révisée, 2003, pp. 74-5, 78-9. L’annexe 6 n’apparaît pas dans l’édition révisée.
  4. C. G. Jung, "Letters", Vol. 2 (1951 - 1961), édité par G. Adler & A. Jaffe, Princeton, NJ: Princeton Univ. Press, 1975, pp. 175 - 177.
  5. Geoffrey Dean, "Recent Advances in Natal Astrology", Subiaco, Australie : Analogic, 1977, pp. 19-20, 30-32.
  6. Geoffrey Cornelius, "The Moment of Astrology", Londres: Penguin Arkana, 1994, p. 41.


Bibliographie

  • Geoffrey Cornelius, "The Moment of Astrology", Londres, Penguin Arkana, 1994. Édition révisée : Bournemouth, Wessex Astrologer, 2003.
  • Geoffrey Cornelius et Maggie Hyde & Chris Webster, "Astrology for Beginners", (Royaume-Uni), Icon, 1995 (publié aux États-unis sous le titre "Introducing Astrology").
  • Maggie Hyde, "Jung and Astrology", Londres, Aquarian, 1992

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire