PREMIER MAI, HALLOWEEN ET ANNÉE RITUELLE, par Rob TILLETT

La fête du premier mai, "Beltaine" dans les cultures celtiques, est l'un des principaux virages de l'année rituelle. Elle est au mi-point de l'équinoxe de printemps et du solstice d'été. Les autres mi-points solstice-équinoxe sont la Chandeleur, Lughnassadh (fête celtique en lien avec le dieu Lugh) et Halloween. Avec Samhain, connue maintenant sous le nom d'Halloween, commençait la nouvelle année celtique... Ces deux fêtes, jour de mai et Halloween, se font face dans le zodiaque, au cœur du printemps pour l'une, au cœur de l'automne pour l'autre.


Traduit de l'anglais par Didier Castille

Notre congé moderne du premier mai a un passé riche, évocateur de symbolismes et de sens.
Que nous nous intéressions à sa portée historique ou que nous prenions simplement plaisir aux rayons du soleil printanier, la fête du premier mai ("Beltaine" dans les cultures celtiques) est l'un des principaux virages de l'année rituelle.

Le jour de mai est au mi-point du solstice d'été et de l'équinoxe de printemps. Les autres mi-points solstice-équinoxe sont la Chandeleur (2 février), Lughnassadh ou Lammas (fête celtique en lien avec le dieu Lugh, le 1er août) et Halloween. 
Samhain, connue maintenant sous le nom d'Halloween, commençait dans la nuit du 31 octobre, la veille de la Toussaint. C'est alors que commençait la nouvelle année celtique...

Ces deux fêtes, jour de mai et Halloween, se font face dans le zodiaque, au cœur du printemps pour l'une, au cœur de l'automne pour l'autre

La veillée de mai, fête printanière de la fertilité

"Ladybird and the blues!" par Danny Perez, sur FlickR
La fête du premier mai a été célébrée durant des siècles, pour ne pas dire des millénaires. Fête essentiellement saisonnière et florale en lien avec le renouveau de la végétation après sa mort hivernale, c'est la fête de tout ce qui est vert dans la nature. Partout dans l'Europe paganiste des temps anciens, le premier mai était surtout la fête de la fertilité, souvent associée au chant, à la danse et aux abandons orgiaques.
Bien connus sous le nom de Beltaine dans les cultures celtiques (Beltane, ou Bealtaine, le nom irlandais du mois de mai), les rites sauvages avaient été conçus, à l'origine, pour apporter la bénédiction fertilisante des antiques esprits de l'arbre à la communauté pour l'année nouvelle.
Les néo-paganistes modernes célèbrent également Beltaine et, pour les Wiccans, en tant que carrefour entre l'équinoxe vernal et le solstice d'été, il est considéré comme un sabbat, l'une des huit festivités de l'année sacrée.

Le nom de mai vient de l'antique déesse romaine Maia. Le premier mai (les Calendes de mai) était ainsi associé à la Déesse Terre et à Flora, déesse des fleurs et du printemps. La fête de Flora, Floralia, se déroulait à la fin d'avril ou au début de mai ; c'était une fête païenne pour accueillir la chaleur et la croissance. Elle était également connectée à Fontinalia, une fête dédiée aux esprits des eaux ravivées. Les filles fabriquaient des guirlandes de fleurs pour les accrocher aux portes où elles étaient maintenues jusqu'à leur remplacement l'année suivante, comme lors de la Thargelia grecque ou d'autres fêtes printanières primitives.
Les Maisons, les étables et les écuries étaient décorées d'aubépine, de sorbier, de sapin, de bouleau ou d'autres feuillages apotropaïques (qui conjurent le mal), afin de garder le mal ou les pouvoirs malins à distance. La veillée de mai est située exactement à l'opposition d'halloween et marque la fin du cycle saisonnier qui commence avec la chandeleur (le jour de la marmotte aux États-Unis - Groundhog Day).

À certains endroits, autour de minuit le 30 avril, les enfants se livrent encore à des farces, tout comme à Halloween, et certains se déguisent même en sorcières et mauvais esprits. Le premier mai, des esprits de la terre, tels que les fées et les elfes sortent des collines pour danser à la veillée de mai, jusqu'à l'été.

Des compositions naturelles ("well-dressing") et des guirlandes de fleurs étaient également jetées dans les eaux et les sources. On décorait les puits, coutume qui a été importée en Europe au cours de l'époque chrétienne, avec des motifs symboliques élaborés, tels que la croix, une colombe, ou des textes de la Bible.
Les pouvoirs des eaux  curatives, acceptés depuis longtemps, ont été officiellement attribués aux saints à la place des esprits celtiques des puits et des sources. La coutume du "well-dressing" persiste encore dans certaines régions de l'Angleterre et d'Europe. Sur des arbustes et des arbres sont ainsi accrochés, avec des rubans ou des brides de tissu, des morceaux de vêtements de personnes malades afin d'en favoriser la guérison.

L'installation de guirlandes apotropaïques de rameaux, d'aubépine ou de sorbier sur les portes visait à protéger les humains et les animaux des pouvoirs à l'œuvre au cours de la fête celtique de Beltaine, le jour du feu (Bel était le dieu celte du Soleil). Pour les anciens Celtes, il marquait le jour du commencement de l'été, quand ils menaient leur cheptel en haut des collines afin de paître de nouveau après être resté dans les vallées durant tout l'hiver.

Il fut un temps où les fées et les sorcières étaient actives. Beltaine était aussi connue sous le nom de "Walpurgisnacht", la grande fête allemande des sorcières et des sorciers, que Goethe célèbre dans Faust.

"Les Feux de la Saint Jean" par Ines S., sur FlickR
Beaucoup de ces feux étaient allumés sur d'anciennes collines païennes et, dans certains cas, des batailles étaient livrées pour leur possession, le plus souvent sous la forme d'une compétition entre les jeunes des paroisses voisines, les jeunes représentant le pouvoir viril de la croissance ou de printemps. On simulait également des batailles entre les pouvoirs de l'hiver et ceux de l'été, ceux du bien et ceux du mal, où l'hiver était battu.

En Angleterre, les traditions variaient selon les comtés mais la collecte d'aubépine ou de floraison de mai étaient une caractéristique de la célébration. Les femmes dansaient autour d'un mât de cocagne en chantant et, bien souvent, en prenant les devants pour faire leur cour, en une sorte de retour aux temps anciens, lorsque la déesse était connue pour désapprouver le mariage. Des couples se formaient alors pour la journée (mais pas nécessairement entre ceux et celles qui finiraient par se marier). Le jour de mai avait avant tout une célébration du réveil de la fertilité et il y avait beaucoup de coutumes et de rituels destinés à améliorer les chances de chacun dans la bataille des sexes! Pour en savoir plus sur ce sujet, consulter "Gathering Nuts in May".

L'île de Man

Dans l'île de Man, une bataille se déroulait entre la Reine de l'hiver et la Reine de l'été, avec les triques d'ajoncs. L'été était d'abord capturé, puis relâché et triomphait ensuite de l'hiver. Des croix faites de sorbier étaient placées devant les portes pour repousser le mal ou les esprits espiègles ; des boutons d'or étaient répartis sur le plancher des étables dans le même but.

L'Irlande

En Irlande, un buisson d'aubépine était placé au-dessus des maisons, des écuries et des étables et des feux de joie étaient allumés à la veillée du jour de mai. Des Boules de mai étaient fabriquées en matières dorées ou argentées pour représenter le soleil et la lune.
May Day est aussi une journée de "grand vent", avec des contrats de location et d'embauche de travailleurs ; à l'époque, des foires à l'embauche étaient organisées. C'était également le jour pour le conduire le bétail aux pâturages ; c'était également traditionnel dans d'autres régions.

La veillée du Roi et de la Reine de Mai se passait dans les bois et au matin des rameaux verts et frais étaient ramenés dans les maisons, afin "d'apporter l'été chez soi".

Le grand arbre de Mai, généralement représenté par un mât de cocagne, était décoré de rubans, de guirlandes et d'une couronne ; il était porté en procession, avec des chants et des danses. Il y avait, et il y a encore, des sports et des courses au "mât de mai" ainsi que des compétitions, celles-ci étant anciennement consacrée au tir à l'arc.

Les chevaliers d'Arthur et la Reine Guenièvre allaient dans les bois du côté de Westminster, Henry VI et ses sheriffs, ainsi que les "Aldermen" de Londres (échevins) dînaient dans les bois de Stepney, et Henry VIII passait la fête du premier mai avec sa cour dans les bois de Greenwich. Les cérémonies de la fête du premier mai avaient autrefois un Roi et une Reine de Mai. L'histoire de Robin des bois était jouée en mai et Robin des bois était souvent décrit comme le Roi du mai, avec Marianne comme Reine. Le Roi et la Reine représentaient également le Dieu Soleil (le Père Ciel) et la Terre Mère, nécessaires pour donner naissance aux forces de la nature. Les orgies de l'époque et celles qui sont connues pour avoir eu lieu dans les bois à la veille de mai, encourageaient ces pouvoirs par des harmonies magiques.

Le mariage du Roi et la Reine de mai était conforme à l'ancien rituel du mariage sacré qui s'est répandu et a induit non seulement l'harmonie magique mais aussi la croyance quasiment universelle en l'intercommunication et le lien entre toutes choses vivantes. La Reine de mai survivait au Roi et régnait seule, assise sur un trône paré de fleurs, dans un refuge de verdure et de fleurs. Soignant des enfants, elle formait sa cour et portait des gerbes et des guirlandes de fleurs ainsi que des bouquets de boutons d'or. Marianne et Robin des bois prenait encore part aux cérémonies mais en tant qu'Homme Vert (Jack-in-the-Green) ; le vert était la couleur rituelle des fêtes de mai et était porté par la plupart des personnages. C'est aussi la couleur des fées. Parfois, l'Homme Vert était un ramoneur, avec le visage noirci, le 1er mai étant le jour de la fête des ramoneurs.

La Reine de mai survit actuellement dans quelques endroits ruraux et urbains, apparaissant dans des spectacles ou des carnavals, mais l'évènement a perdu sa signification religieuse et magique.

L'eirésioné grec était la même chose que le rameau de mai européen, tous deux symboles de fertilité. Il était fait d'olivier ou de laurier. Le Mât de mai était décoré de rubans et de fruits, puis porté en procession, fixé à la porte de la maison où il demeurait jusqu'à l'année prochaine.

En Scandinavie et en Allemagne

En Scandinavie et en Allemagne, les arbres de mai étaient importants, à la fois pour les personnes et pour le bétail, en tant que pouvoirs de fécondité. Des arbres ou de buissons étaient dressés à la porte des étables et des écuries, parfois un pour chaque animal, afin d'apporter la fécondité. La branche était une incarnation de l'esprit-arbre de la végétation et de ses pouvoirs. Dans les terres slaves de la Russie, de la Transylvanie et de la Roumanie, George le Vert était l'équivalent de l'anglais "Jack-in-the-Green", souvent célébré à la St Georges, le 23 avril.

"Sentier automnal" par E. D'Ascoli, sur FlickR
La veillée de mai était aussi le moment pour "rafraîchir" l'opinion publique. Des "forestiers" allaient de maison en maison  et déposaient des décorations appropriées sur chaque portes : des branches de poirier pour les gens appréciés et populaires; de prunier pour les moroses, de sureau pour les gens rébarbatifs, d'épineux les gens acerbes ou méprisés, des mauvaises herbes pour les impopulaire et des ajoncs en fleur pour dames de vertu facile.


Walpurgisnacht

La veille de mai, soit la nuit du 30 avril au 1er mai,  est appelé "Walpurgisnacht", la nuit de Walpurgis (ou Walpurga). La fête était caractérisée par de nombreux rites de conjuration de mal. La légende veut qu'à Walpurgisnacht les sorcières se réunissent sur le Brocken, le plus haut sommet dans le massif du Harz. En raison de la scène de la Walpurgisnacht dans le "Faust" de Goethe, dans laquelle Méphistophélès emmène Faust sur le Brocken et le laisse festoyer avec les sorcières, les rassemblements de sorcières sont devenus largement connus. Sous l'influence chrétienne, Walpurgisnacht est devenue une fête permettant de chasser les mauvais esprits.
Walpurgis tire son nom de Walpurga ou Walburga, abbesse de Heidenheim, à côté d'Eichstätt, une sainte catholique, qui était connue pour être une protectrice contre la sorcellerie dans la mesure où elle a été l'une des premières missionnaires de la Grande-Bretagne chrétienne en Allemagne païenne.

À la veille du 1er mai, les cloches sonnaient en certains endroits et des prières étaient dites, y compris des bénédictions avec de l'eau bénite. Des rameaux bénis d'aubépine ou de sorbier étaient placés dans les maisons et les granges. Le plus répandu des remèdes contre les mauvais esprits pendant la Walpurgisnacht était le bruit, qui était considéré comme le moyen le plus efficace pour chasser les mauvais esprits. Dès que le soleil se couchait, traditionnellement, les garçons de tous âges faisaient beaucoup de bruit pour chasser les mauvais esprits. En Bavière, la veillée de mai était appelée "Freinacht" ou "Drudennacht". Pour les plus jeunes, c'était l'occasion de jouer des tours en se baladant en groupes dans les rues.

Halloween, l'antique fête de Samhain

Halloween, la joyeuse célébration moderne des fantômes et des Ghoulies, de l'épouvante et de la fête, des bonbons et des sorts, a de bien plus sérieuses, et effrayantes, origines dans l'antique fête celtique de la mort.
Elle a survécu en raison de son lien avec les énergies archétypales qu'elle évoque et de sa plus récente connexion avec la Toussaint, fête que l'Église a instituée comme substitut à la célébration païenne.

Le jour de tous les saints (premier novembre), encore connu en anglais sous le nom de All Hallows' Day, est suivi par le jour des défunts (2 novembre), une version chrétienne de l'antique fête celtique de Samhain, la fête de la mort.
La base théologique chrétienne de cette fête consiste en l'aide que les fidèles peuvent apporter sur la terre pour le salut des âmes, par la prière, les bonnes actions et surtout le sacrifice de la Messe.

Les coutumes de Samhain sont juste un peu plus sinistres!

Samhain (prononcer "so-wuhn"), connue maintenant sous le nom d'Halloween, commençait dans la nuit du 31 octobre, la veille de la Toussaint, car les jours étaient alors calculés d'un soir à l'autre plutôt que, comme nous le faisons maintenant, de minuit à minuit  - d'où l'importance des veillées festives, comme la nuit de Noël, la nuit de la Saint-Sylvestre et d'Halloween. Halloween est une contraction de Hallows' Even ("even" étant un version archaïque de l'actuel "evening"-"soir".)

La nouvelle année celtique commençait avec Samhain et, bien qu'il existe une confusion sur le nom, Samhain signifie probablement "moment des semis". Il marque un temps de froid, d'obscurité et de semailles en vue du printemps à venir et que l'été devient le thème de la vie.
"À Samhain, nous ensemençons nos rêves de la vision que nous avons de la Nouvelle Année et nous rejetons les fantômes de l'année passée" (Neil Giles: Celtic Fire Festivals).
Samhain marque ainsi la dernière phase de l'année ancienne -sa mort- dans l'attente impatiente de l'année renouvelée.
La nuit sacrée est aussi une des fêtes des fées : elles régnaient sur les célébrations mais les quittaient ensuite pour leur retraite d'hiver et ne plus revenir dans notre monde jusqu'à Beltaine, la fête de mai qui marque le début de l'été.

Des fantômes et des fées

"Devil" par Carne_Fresca, sur FlickR
Puisque que les fantômes et les fées erraient sur terre durant cette nuit particulière, il était dangereux pour les mortels de se rendre à l'étranger sans précautions rituelles. Les êtres surnaturels ont la propension de voler les imprudents et de les emporter vers leurs terres intemporelles, pour ne plus jamais les laisser réapparaître, ou de prendre leur âme en abandonnant les malheureux mortels perdus et désorientés dans la zone crépusculaire ("Twilight zone").
Halloween a ainsi été diabolisée, avec un point d'orgue la menace des mauvaises  intentions des sorcières et des esprits malins, etc. Ce n'est pas vraiment la version païenne originelle. On pensait que la barrière entre le royaume physique et le royaume des esprits était plus mince au moment d'Halloween, de sorte que le potentiel de communication avec les esprits et les créatures venues d'autres mondes était alors à son maximum.

Dans l'ancienne Irlande, les gens avaient coutume d'appeler cette mystérieuse et dangereuse nuit l'éveil de Saman. La croissance de la nature était à son point le plus bas, le froid s'installait : c'est pourquoi des feux de joie étaient allumés afin d'encourager le soleil. Les gens bondissaient au dessus des bûchers et conduisaient le bétail à travers les flammes. En des temps moins anciens, des sorcières y étaient même brûlées. La purification par le feu permettait d'évacuer les mauvaises influences.

Les fantômes et les fées étaient tous actifs. Des offrandes alimentaires leur étaient laissées et il était dangereux de circuler durant cette nuit et d'être détourné par des fées. On devait porter du fer ou de l'acier car le peuple des fées déteste tout ce qui est fabriqué dans ces matières et les évite à tous prix.

En ces jours anciens, Samhain était en grande partie un moment de chaos et d'inversion de l'ordre normal. Cela a conduit à de nombreux abus : le blocage des cheminées, la divagation des bovins, le lancé de chou sur les notables et et bien d'autres choses...
La cheminée devait être scrupuleusement balayée et le feu devait rester allumé pour les morts.
Il s'agissait aussi d'une saison propice à la divination et la lecture des augures, par exemple en plaçant deux noix dans le feu pour éprouver les amoureux : une flamme régulière indiquait le constance, un crépitement signifiait le contraire. Les rites variaient d'une région à l'autre.

Des ecclésiastiques ont décrit Samhain comme une nuit de charmes magiques et de divination, de lecture de l'avenir grâce à des miroirs de sorcières et à des cendres de coquilles de noix, à des pommes qu'on immergeaient dans des bacs (qui étaient les symboles de l'âme dans le chaudron de la régénération) et d'autres rites répréhensibles. Encore aujourd'hui, on dit qu'une jeune fille qui pèle une pomme devant un miroir au moment d'Halloween verra l'image de son futur mari dans la glace.

Au sujet d'Halloween, des autorités chrétiennes ont écrit : "Beaucoup d'autres cérémonies superstitieuses, vestiges de druidisme, ont été observées durant ce jour sacré, qui ne sera jamais éradiqué tant qu'on autorisera le nom de Saman à demeurer" (la divinité païenne demeure néanmoins dans la Bible sous le nom de Samuel, qui vient du Sammael sémitique, le dieu du même monde souterrain).

Les contenus oraculaires

"Crows rock" par Hartwig HKD, sur FlickR
Bien entendu, à l'origine, les divinations étaient des messages oraculaires transmis par les ancêtres morts, qui sortaient de leurs tombes le soir d'Halloween et portaient parfois des cadeaux aux enfants de leurs descendants vivants.

Dans la tradition de l'Halloween sicilien, "les amis des morts étaient devenues les bonnes fées des petits." Des coutumes similaires sont observées à l'occasion de Noël.
En Lituanie, le dernier pays européen à avoir accepté le christianisme, les païens célébraient leur fête du Nouvel An à Halloween, en sacrifiant des animaux domestiques à leur dieu Zimiennik (Samanik, Samana). Si le Seigneur du monde souterrain acceptait les offrandes au nom de tous les morts, les esprits étaient satisfaits et s'abstenaient de nuire. Si les offrandes ne rendaient pas la divinité propice, ils pouvaient descendre sur le monde comme des fantômes vengeurs, conduits par les démons et les «sorcières» (prêtresses) qui les avaient invoqués.

Les sorcières et les fantômes sont toujours associés à Halloween, ainsi que certains symboles de l'âme tels que les hiboux, les chauves-souris et les chats. L'idée paganiste était alors que des jonctions cruciales entre les saisons créaient des fissures dans la matière de l'espace-temps, ce qui permettait le contact entre le monde des fantômes et le monde mortel.
Les Pommes et les noix associées à Samhain et à Halloween était également liées à Pomona, la fête de l'antiquité romaine du premier novembre, fête de la maturation des fruits et époque d'ouverture des magasins à la consommation hivernales.
Le pommier était la branche d'argent celtique et la pomme le fruit de l'autre monde ; ils symbolisaient l'amour, la fécondité, la sagesse et la divination, les fruits du ciel et des sages.
Le noisetier était l'arbre sacré des bosquets celtiques et, à l'instar de tous les noix, il représentait la sagesse cachée, les amoureux et la paix. Arbre de vie, il poussait à Avalon à côté du bassin sacré.

Après l'avènement du christianisme, des "parshells" (tresses en forme de croix) étaient fabriquées et suspendues aux portes des maisons et des étables. Des feux, les bûchers de Samhain, étaient allumés, les cendres et des tisons brulants étaient jetés. Au cours des cérémonies, il y avait également des jeux où des gens déguisés partaient à la recherche de pommes, de noix ou d'argent, d'un cheval à bascule ou d'une tête d'un cheval. Les Formorians étaient les forces du mal et on prétend que des sacrifices humains étaient pratiqués en ces temps reculés, pas seulement pour s'assurer de pouvoirs surnaturels mais aussi pour apporter la fertilité.
Des traces de sacrifices humains sont également été retrouvés dans le rituel de la "Black Sow" galloise (truie noire), cérémonie au cours de laquelle tout le monde descendait la colline en courant le plus vite possible et en criant "La truie noire capturera le dernier" ; la dernière personne en était la victime. La "Black Sow" était l'esprit du mal, du froid et de la mort.

"Celtic style necklace" par Julie Redmondsur FlickR
L'abattage en masse des animaux n'avait pas pour seul objectif la nourriture pour les mois suivants, il répondait également à la pénurie de fourrage pour le bétail durant l'hiver. L'abattage avait pris un aspect rituel et sacrificiel chez les Celtes et les Germains ; il portait la marque de festivités pastorales antérieures qui mettaient l'accent sur des animaux semi-divins. Il s'ensuivait des  fêtes et la mort était également fêtée. En Allemagne et en Gaule, des processions tapageuses avaient lieu et des hommes se vêtaient de masques et de peaux d'animaux afin d'établir le contact avec les animaux sacrés et les divinités.

Lors de la fête de Samain, une gerbe de blé, de feuillage persistant ou une branche de gui prolongeaient symboliquement les pouvoirs déclinant de la végétation. Porter des feuillages ou en utiliser en guise de décoration montraient que la vie n'était pas morte. Pline donne un compte rendu de la cérémonie druidique de la coupe du gui de chêne: il était coupé avec une faucille d'or et recueilli dans un manteau blanc car il ne devait jamais toucher le sol. Deux taureaux blancs étaient sacrifiés et une fête était donnée.

Samain était aussi un moment de trêve au cours de laquelle aucun combat, aucune violence ou divorce n'étaient admis ; de fait, c'était plutôt un temps de mariages. Les comptes étaient clôturés, les dettes recouvrées, les contrats passés et les travailleurs embauchés.

Halloween a une longue histoire, qui remonte à la nuit des temps. Les rituels auxquels nous nous livrons avec insouciance aujourd'hui trouvent leur origine dans les rites de protection les plus sérieux, rites qui ont été conçus pour maintenir à distance le monde du surnaturel .

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Références
  • J. G. Frazer : The Golden Bough ("le rameau d'or"), MacMillan & Co. Ltd, London, 1923
  • B. G. Walker: The Woman's Encyclopedia of Myths and Secrets ("Encyclopédie féminine des mythes et des secrets"), Harper & Row, New-York, 1983
  • J. C. Cooper: The Aquarian Dictionary of Festivals ("Le dictionaire Verseau des fêtes"), The Aquarian Press, Wellingborough (Royaume uni), 1990