VIE ET TRAVAUX D'HERCULE, par Antoine COURT DE GÉBELIN

Hercule, introduit dans les cieux pour prix de ses travaux, refuse d'être mis au rang des douze grands Dieux, afin, dit-il, de n'en fâcher aucun. Ce trait, jeté ici comme par hasard, met la dernière main à toute cette allégorie. Les douze grands Dieux n'étaient autre chose que les représentations symboliques du soleil et de la lune pour chaque mois, dont on fit ensuite autant de divinités protectrices des mois. Or, Hercule, étant le soleil lui-même, qui préside à tous ces mois, ne pouvait être mis réellement au nombre de ces douze, sans être dégradé, et sans que l'allégorie ne devînt fausse.



Extrait du "Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, considéré dans son génie allégorique" de Antoine Court de Gébelin, 1773

Pour les peuples agricoles, dispersés dans les campagnes, les temples sont le vrai point de réunion. C’est là que, se réunissant de toutes parts pour rendre grâces à la divinité de ses bienfaits, ils apprenaient en même temps l’usage qu’ils devaient faire des jours qui allaient marcher à la suite de celui où ils étaient rassemblés : ainsi, en remplissant les devoirs augustes de la religion, ils apprenaient tout ce qui pouvait les intéresser le plus, tout ce sans quoi il n'y aurait point de société policée et florissante.
C'est là qu'on les instruisait de tout ce qui avait rapport aux divers jours de l’année, de son commencement, de sa fin, des nouvelles lunes, des mois et des saisons, des jours de travail et des jours de repos, du lever et du coucher des étoiles directrices des travaux.
C'était en effet les prêtres qui avertissaient le peuple de toutes ces choses, parce que leur ordre était chargé de régler le calendrier et tout ce qui avait rapport au culte public. Aussi faisaient-ils toujours les proclamations des nouvelles lunes et de la nouvelle année. Nous voyons ces proclamations en usage dans l'ancienne Rome, chez les Hébreux, chez les Grecs, etc.
Mais on ne se contentait pas d'en faire la publication chez des peuples aussi civilisés et aussi habiles dans les arts que le furent les Phéniciens et les Égyptiens. Ceux-ci tracèrent le calendrier sur les murs des temples et les colonnes sacrées.

Buste de Commode, en Hercule
Musées du Capitole, Rome
par mmarftrejo sur 
Flickr
Nous en trouvons une preuve remarquable dans les voyages de Pococke en Orient (Tom. 1. de la traduct. franç. p. 215. et 216.): 
"Au nord de la ville d'Akhmîm (l'ancienne Panopolis d'Égypte), dit-il, je trouvai quelques ruines d'un ancien temple, dont il ne reste que quatre grosses pierres. L'une d'entre elles a environ 18 pieds de long hors de terre, l'autre extrémité étant sous un édifice moderne, 8 pieds de large et 3 d'épaisseur... On voit sur un de ses côtés... quatre cercles, et dans celui qui est le plus près du centre, une figure qui vraisemblablement représente le soleil. Les espaces compris entre les deux qui suivent sont divisés en douze parties. Dans le premier sont représentés douze oiseaux et dans le second douze figures effacées, que je crois être les signes du zodiaque. L'espace extérieur, qui n'est pas divisé, contient, si je ne me trompe, douze figures d'hommes. Dans chacun des angles compris entre le cercle extérieur et les ornements carrés qui sont autour, est une figure qui représente une des quatre saisons. À côté est un globe porté par deux ailes, dont l’une est à côté de la figure et l'autre sur une autre pièce de sculpture. Ces pierres, et quelques autres d'un temple qui est auprès, sont si grosses qu'on n'a pu les mouvoir de leur place".
Tel est le récit du voyageur: on ne peut y méconnaître un calendrier égyptien peint sur les murs d'un temple et conforme, mais en petit, à un calendrier pareil trouvé à Rome, gravé dans les mémoires de l'Académie royale des sciences, année 1708, et que nous ferons paraître de nouveau dans un de nos volumes suivants.

Les Grecs, marchant sur les traces des Orientaux, peignirent également sur les murs de leurs temples les aventures des Dieux, et celles d'Hercule en particulier, avec ses travaux, sur ceux du temple d'Iou Olympien dans l'Élide.
Ce n'étaient donc pas des actions humaines, ni des histoires fabuleuses et impies. Les eût-on gravées avec tant d'empressement dans les lieux sacrés où l'on allait honorer la vérité et faire profession de haïr le vice?
Mais c'était un vrai almanach civil et religieux, livre le plus utile en même temps qu'il était alors le plus difficile et le plus illustre effort du génie.
Que l'on ne dise pas que cet usage fut moderne et que les temples eux-mêmes ne sont pas anciens: les premiers empires du monde en eurent aussitôt qu'ils se formèrent. Les observations astronomiques des Chaldéens, gravées sur le temple de Bel, remontaient à plus de deux mille ans avant notre ère. Le temple d'Hercule à Tyr avait 2 300 ans d'antiquité, selon Hérodote. Celui de ce Héros à Cadix, était de la plus haute Antiquité. Les temples de Thèbes en Égypte dataient presque de l'arrivée des Égyptiens dans ces contrées, de même que les colonnes sacrées de Thot.
Si l'on ne s'en est pas aperçu plus tôt, c'est que l'on n'avait pas saisi le vrai sens de divers passages anciens qui y ont rapport. Ainsi l’imitation du ciel par Thot ou Mercure consista, comme nous l'avons déjà dit, dans l'invention et la composition d'un almanach. Ainsi les représentations de l'histoire d’Uranus ou du ciel, et de Cronos ou Saturne, sur les murs des temples, étaient autant d'almanachs. Il en fut de même du fameux cercle d'Osymandias, comme nous le verrons dans la suite.


Détail du buste de Commode, par mmarftrejo sur Flickr
Sur le globe, le Taureau, le Capricorne et le Scorpion. L'ordre selon lequel ils apparaissent n'a pas de logique zodiacale.
 
On voyait donc sur ces monuments, les signes du zodiaque, les travaux correspondants de l'agriculteur. Ici, un homme, la charrue en main, traçait de pénibles sillons, là un moissonneur avec sa faucille abattait les épis dorés. Plus loin, un cerf, poursuivi par un chasseur, semblait fuir avec légèreté, etc. À la tête de tous ces tableaux, Mercure, armé du caducée, faisait l’ouverture de ces travaux intéressants.

Pourquoi furent-ils appelés "travaux" ?

Le tout ensemble était appelé, à juste titre, "la vie et les travaux d’Hercule".
  • Vie, parce qu'ils peignaient la vie entière du laboureur, depuis le commencement de l’année jusqu'à sa fin.
  • Travaux, parce que les occupations de la campagne sont les vrais travaux de l'homme, ceux sur lesquels s'élève la base des sociétés et des empires.
Et celui qui les soutient fut appelé au figuré un athlète douze fois vainqueur et ses travaux, douze combats, parce qu'en effet, il lutte contre la nature entière et qu'il en triomphe par ses succès.
C'est pourquoi, le dernier jour était appelé "victoire".

Si les Latins appelaient ces travaux "labores" (labeurs), les Grecs les avaient déjà appelés "athla" par une heureuse dénomination qui les représentait non seulement comme des combats mais surtout comme les sources de la production et de l’abondance, et ici le lecteur se rappellera sans peine tout ce que nous avons dit au sujet d'Atlas dans notre première allégorie.
Ces noms de labores et d'athla sont réunis dans ces vers de Manilius (Manilii Astronomicon, Lib. III pag. 64, vers. 9-12):

Et quoniam toto digestos orbe labores
Nominaque (ou Momunaque, selon la remarque de Scaliger) in numerum viresque exegimus omnes,
Athla vocant Graii, quæi cuncta negotia rerum,
In genera ac partes bis sex divisa cohærent.

C'est ainsi que nous avons conduit à une heureuse fin les labeurs,
les forces, les poids répandus dans le monde entier,
ces travaux que les Grecs appellent Athla,
et qui, partagés en deux bandes de six chacune,
embrassent et unissent tous les travaux des hommes

Entrons dans cette brillante galerie, peinture vive et agréable de la course du soleil et de ses heureux effets pour le bonheur des humains. D'un chaos de fables nous allons voir sortir une allégorie ingénieuse et pleine de grâces: le génie de ces hommes illustres, qui les premiers éclairèrent les peuples et qui, étant leurs législateurs, les conduisirent à la vertu et à la félicité par des instructions aussi intéressantes que flatteuses. Ce génie, déjà flétri par le laps des temps, va reparaître à nos yeux: eux-mêmes vont nous introduire dans leurs mystères les plus profonds et nous donner l'intelligence des doctrines anciennes, de ces doctrines qui présidèrent à l'enfance du monde, qui formèrent les Grecs, qui ont influé jusque sur nous-mêmes. Leurs cendres froides et éparses vont se réunir et se ranimer.

Nous ne serons plus étonnés que les Anciens aient trouvé quelque plaisir à la contemplation de ces tableaux symboliques, que leurs peintres et leurs sculpteurs en aient fait le sujet de leur savante imitation, que leurs poètes les aient chantés.

Si cet homme illustre par ses profondes connaissances dans les Beaux-arts, qui ne négligea rien pour ramener au milieu de nous à cet égard les beaux jours de la Grèce, qui d'une main savante ne dédaigna pas d'esquisser les tableaux que nous présentent l’Énéide, l'Iliade et la vie d’Hercule (M. de Caylus), avait connu les grands objets que nous offrent ces tableaux, s'il avait su que, destinés à peindre la nature entière et ses heureuses influences, ils n'étaient pas bornés aux temps des Grecs et à leur histoire mais qu'ils étaient également faits pour nous, et assortis à nos plus grands intérêts, avec quel enthousiasme ne les eût-il pas traités! Quel feu, quelle chaleur ne lui eussent-ils pas inspiré ! C'est la nature même qu'il eût peint.
Je ne serai pas peintre comme lui mais les tableaux d'Hercule le thébain, que nous allons voir, frapperont et intéresseront parce qu'on y verra en effet la nature elle-même et l'esprit allégorique s'étendre, se développer, s'expliquer par sa propre force.
Que l'on ne nous objecte pas le silence des Grecs et des Romains. Déjà, ils savaient que ces choses étaient allégoriques: nous l'avons vu par leurs témoignages.
Le cas précieux qu'ils en faisaient, et le titre respectable de mythologie qu'ils leur donnaient, en est encore une démonstration sensible.
Si les Anciens ne sont pas entrés dans un plus grand détail sur ces objets, si quelques fois même ils ont méconnu l'allégorie qu'ils étaient destinés à peindre, ce ne doit pas être un motif suffisant pour que nous rejetions un sens allégorique aussi simple, aussi naturel, aussi démontré, aussi intéressant. Les écrivains grecs qui nous ont transmis ces choses n'eurent peut-être jamais une assez grande connaissance de leurs propres antiquités, et surtout des orientales, pour apercevoir la beauté et l'étendue de ces allégories, et presque toujours, ils furent retenus par le respect que les dévots de leur temps avaient pour les dieux nés de ces allégories, en sorte que la crainte de les offenser retint leur plume et les empêcha de nous transmettre des vérités intéressantes. C'est ainsi que Pausanias, Hérodote et d'autres historiens prêts à nous dévoiler les mystères de leur temps s'arrêtent et disent qu'il ne leur est pas permis de parler.
Eût-on souffert en effet celui qui aurait démontré que Saturne, Mercure, Hercule, les douze grands Dieux et toute la bande céleste étaient nés en quelque sorte d'objets allégoriques ?
N'en sommes-nous pas blessés nous-mêmes, qui y prenons bien moins d'intérêt? Ceux qui veulent nous ramener à l'allégorie ne nous paraissent-ils pas des audacieux, qui ne tendent pas à moins qu'à anéantir toute certitude, toute histoire et à substituer à des faits dont on ne douta jamais les êtres fantastiques de leur imagination déréglée ?
Mais comme la religion ne peut jamais perdre à l'abandon de ce qui n'est pas Dieu et vérité, de même l'histoire ne peut rien perdre à l'abandon de personnages purement allégoriques, elle y a tout à gagner.
Elle se débarrasse par-là de faits trop contraires à la raison pour pouvoir être admis et pour ne pas faire un puissant préjugé contre l'histoire elle-même.
La raison y gagne de son côté, par l’intérêt qu'elle prend à des récits qui acquièrent un tout autre prix à ses yeux, et par la satisfaction que l’on éprouve en pensant que des objets qui nous ont toujours amusés ne sont pas des radotages ou des contes absurdes mais des instructions ingénieuses et fondées sur les besoins même des hommes.
Ainsi s'enrichit et s'étend la vraie histoire, celle des connaissances humaines, très supérieure à l'histoire des peuples et à celle des héros.

Tableau premier
Deux Dragons étranglés par Hercule au berceau

Rien de plus absurde en apparence que l'histoire de ces deux dragons envoyés par Junon pour faire périr Hercule au berceau, et que cet enfant étrangle courageusement de ses propres mains, donnant ainsi dès son enfance des marques frappantes de ce qu'il serait un jour. Aussi les mythologues ne s'en sont guère mis en peine dans l'idée que c’était une pure fable qui n'avait nul rapport aux travaux d'Hercule.

Mais par rapport à nous, qui sommes persuadés que tout a son sens et son utilité dans les récits mythologiques, nous voyons dans ce fait une allusion ingénieuse à l'événement par lequel s'ouvre le calendrier ancien. Mais avant que nous le développions, ajoutons deux circonstances que nous a conservées Théocrite dans son "Idylle à l'honneur d'Hercule" (Théocr. Idyll. V. 85-98), trop remarquables pour être passées sous silence et qui deviendront autant de preuves de ce nous avons à dire.

Il nous apprend d'abord qu'Hercule n'était âgé que de dix mois lorsqu'il étrangle les dragons.
Il fait ensuite dire par Tirésias que cet événement annonçait la gloire dont se couvrirait ce héros, et ce devin ordonne à Alcmène de faire préparer un bûcher pour y brûler ces deux dragons à minuit, dans le même moment de la nuit qu'ils avaient attaqué Hercule, et qu'au point du jour, une de ses femmes, rassemblant leurs cendres, les jette dans un fleuve, dans des précipices ou aux vents, et qu'elle ait soin de revenir aussitôt, sans regarder en arrière, qu'ensuite on purifie le palais avec du soufre et avec de l'eau lustrale et qu'on finisse avec le sacrifice d'un porc afin que l'on soit par ce moyen à l'abri de tout mal et qu'on triomphe de tous ses ennemis.

Nous avons donc ici une allégorie fortement caractérisée par tous ces traits.

•     Deux Dragons étranglés par Hercule,
•     À l’âge de dix mois,
•     À minuit,
•     Et jetés dans un feu avec des cérémonies propitiatoires.

À ces caractères, on ne peut manquer le mot de l'énigme.
L'on se rappellera sans doute que le symbole de Mercure, le caducée, est composé de deux dragons étranglés par le milieu, l'un mâle, l'autre femelle, que leur point de réunion s'appelait Hercule et que Mercure fut l’inventeur de l’astronomie ou du calendrier.
L'étranglement des deux dragons par Hercule n'est donc qu'une allégorie relative au caducée, ou à l'objet qu'il peignait, et lié étroitement avec l’année du laboureur dont il faisait l'ouverture.
Mais à quel jour de l’année, à quel moment est attaché le caducée? Les Anciens nous l’apprennent en appelant les solstices tête et queue de dragon.
L'année du laboureur mise en tableaux allégoriques dans l'histoire d’Hercule s'ouvre donc par un solstice. Mais il y en a deux, celui d'été à la Saint-Jean, celui d'hiver à Noël. Duquel des deux s'agit-il ? C'est ce qu'il importe de décider plus qu'on ne pense, puisque de là dépend la marche de tous les travaux d'Hercule.

Ce moment du départ ne sera pas difficile à reconnaître.

Il offre deux caractères auxquels on ne peut se méprendre: 
  • Il précède la victoire qu'Hercule remporte sur le lion, 
  • Hercule avait alors dix mois.
La défaite du lion est relative au mois de juillet dont le signe est le Lion, ainsi les deux dragons sont étranglés dans le mois qui précède celui de juillet, c'est à dire au solstice de juin, le 20 du mois, à notre façon de compter, et qui était chez les Anciens la veille du premier jour d'été.
Hercule avait alors dix mois parce que l’année des Égyptiens, chez lesquels était Théocrite quand il composa l'Idylle d'Hercule au berceau, y tombait ainsi sur le dixième mois.
Enfin, ceci achève de se démontrer victorieusement par le feu propitiatoire dans lequel sont brûlés les deux dragons à minuit et que ce poète nous a transmis.

Feux de la Saint Jean

Peut-on méconnaître ici les feux de la Saint Jean, ces feux sacrés allumés à minuit au moment du solstice chez la plupart des nations anciennes et modernes ? Cérémonie religieuse, qui remonte à la plus haute antiquité et qu'on observait pour la prospérité des états et des peuples, et pour écarter tous les maux.
L'origine de ce feu, que tant de nations conservent encore et qui se perd dans l’Antiquité, est très simple. C’était un feu de joie allumé au moment où l’année commençait car la première de toutes les années, la plus ancienne dont on ait quelque connaissance, s'ouvrait au mois de juin. De-là le nom même de ce mois, junior, le plus jeune, qui se renouvelle, tandis que celui qui le précède est le mois de mai, ou major, l’ancien. Aussi l'un était le mois des jeunes gens et l'autre celui des vieillards.
Ces feux de joie étaient accompagnés en même temps de vœux et de sacrifices pour la prospérité des peuples et des biens de la terre: on dansait aussi autour de ce feu car y a-t-il quelque fête sans danse? Et les plus agiles sautaient par-dessus. En se retirant, chacun emportait un tison plus ou moins grand et le reste était jeté au vent, afin qu'il emportât tout malheur comme il emportait ces cendres.
Lorsqu'après une longue suite d'années, le solstice n'en fit plus l'ouverture, on continua cependant également l’usage des feux dans le même temps, par une suite de l'habitude et des idées superstitieuses qu'on y avait attachées. D'ailleurs, il eût été triste d'anéantir un jour de joie dans des temps où il y en avait peu. Aussi cet usage s'est-il maintenu jusqu'à nous.
On trouve ces feux de la Saint Jean en usage jusqu’en Russie. "Les Russes, disent leurs historiens (Hist. de la Russie par Lomonossow, Traduct. Franç. 1769. in-80. part. II.), célébraient pendant le paganisme la fête de la déesse des fruits, qu'ils appelaient Rupals, le 24 juin, avant la récolte du blé et du foin. Encore de nos jours, ils passent la nuit qui précède la fête dans les divertissements et les festins, et ils allument des feux de joie, autour desquels ils dansent. Le peuple donne le nom de "Rupal’niza" à la bienheureuse Agrippine, dont on célèbre la fête ce jour-là.

Second tableau
Le lion de la forêt de Némée vaincu par Hercule
Premier travail

Le premier des travaux d'Hercule, et qui suivit l'étranglement des deux dragons, chanté fort au long par Théocrite dans ses Idylles (Idyll. XXV. V. 200-266.), consista dans son combat contre le lion de la forêt de Némée, qu'il vainquit, et dont il porta la peau le reste de sa vie.
Mais ce travail, venant à la suite de l'étranglement des deux dragons, ou du solstice d'été, nous conduit au mois de juillet, qui a pour signe le Lion.
Hercule, pris pour le soleil, remporte en effet dans ce mois une victoire complète sur le Lion céleste, et c'est le premier des signes par lequel il fournit sa carrière.
L'on sait d'ailleurs que le Lion était le symbole du soleil d'été, comme la vache celui de la lune, la colombe celui de Vénus, etc.
Aussi Hercule est toujours peint avec la peau du lion et nous verrons qu'Osymandias, qui est l’Hercule égyptien, ne marche jamais sans son lion et qu'il lui doit toutes ses victoires.


Hercule et le lion, à la villa Getty (Los Angeles), par KWC sur Flickr
Les Perses eux-mêmes peignaient également le soleil sous l'emblème d'un lion: ils appellent sa fête la fête du lion et l'on nous a conservé le passage d'un "hostanes" qui fait de grandes lamentations de ce que les Mèdes furent forcés de célébrer, la fête de Titan (c'est-à-dire du soleil, mot à mot le grand feu, le feu du ciel, le feu auguste) sous la figure du Lion, lorsqu'ils eurent été subjugués par les Perses.
On le voit sur des abraxas, peint en jeune homme debout sur un lion, avec son nom égyptien pour devise.
C'est le nom du soleil en égyptien. II est formé du primitif Rhoe, Rhê, qui désigne toute personne qui soigne, qui garde, qui veille, un gardien, un inspecteur, un berger, un roi, joint à l'article Ph. C'est le Frey du nord. De-là vinrent également, et par l'addition de l'article Ph, les noms de Pha-Rao, Phe-Ron etc. mot à mot le roi. Et par l'addition de l'article Ou, le mot grec Ourô, garde, inspecteur. De-là vint encore le mot grec  Ph-Rou-Rô, qui signifie la même chose et qui fut un nom de dignité, donné en particulier aux gardes des rois. Cette famille de Rhê est immense.
C'est par la même raison que les Anciens, assignant une planète à chaque signe, choisirent celui du Lion pour le soleil.
Mais ce n'est pas le seul rapport qu'eut le lion avec Hercule, il en avait un autre plus étroit encore, et relatif à l'agriculture.
Le lion apprivoisé était l'emblème de la terre cultivée et répondant aux soins du laboureur. Les Anciens nous l'apprennent eux-mêmes: "Les lions apprivoisés qui suivent Rhéa", nous dit Varron dans le passage remarquable que nous avons cité plus haut "apprennent aux hommes qu'il n'y a aucune terre qui ne puisse être domptée et mise en valeur."
Aussi voyons-nous le char de Rhéa ou de Cybèle tiré par des lions, par la même raison. Il est vrai qu'il est quelquefois tiré par des tigres mais alors c'est pour marquer la variété des couleurs qui brillent sur la terre, plus tigrée qu'aucune peau de tigre.
Ce premier travail est donc relatif aux premiers des travaux du laboureur; à ces travaux rudes et pénibles qui mettent seuls une terre en état d'être cultivée et auxquels sont obligés ceux qui, pour défricher leur terrain, arrachent ces forêts, dessèchent ces eaux croupissantes, contiennent ces fleuves, enlèvent ces pierres, etc., qui formaient de ce terrain un sol stérile et perdu.
Travaux de géants et de lions, et qui, exigeant des avances considérables et des connaissances plus grandes encore, supposent dans les chefs des premières sociétés et des colonies agricoles une capacité et un courage très supérieurs aux qualités qu'on leur accorde ordinairement.
Aussi portent-ils le reste de leurs jours la peau du lion puisqu’ils jouissent sans interruption de la dépouille de cette terre, qu'ils ont subjuguée et mise en culture.

Ce travail est placé au mois de juillet et sous le signe du Lion, parce que les travaux de ce genre ne peuvent parvenir à leur degré de perfection que dans cette saison de l'année où les jours sont les plus longs, et la chaleur la plus grande; cette chaleur étant absolument nécessaire pour achever de dessécher la terre défrichée, pour développer ses sels, pour l'échauffer, et la mettre en état de recevoir dans son sein et de féconder les semences qu'on lui confiera.
Si ce lion s'appelle le lion de la forêt de Némée, ou simplement le Néméen, c'est qu'en Grec Némée signifie une forêt. Ainsi lion néméen, signifie simplement lion de la forêt. En ajoutant de Némée, on fait un double emploi, c'est une pure répétition, semblable à celle où l'on tombe toutes les fois qu'on regarde comme un nom propre ce qui n'est qu'un nom générique.
Ce lion n'est en effet le lion d'aucune forêt en particulier. C'est toute forêt qu'on défriche.

Troisième tableau
L'hydre de Lerne abattue
Second travail

Cette hydre était un monstre épouvantable car elle n'avait qu'un corps mais ce corps avait cent cous et cent têtes, dit Diodore, et ces têtes étaient d'or, ajoute un mythologiste. Hercule est condamné à faire périr ce monstre: il en abat les têtes et, afin qu'elles ne renaissent pas à mesure, il fait mettre le feu au corps de l'hydre.

Je ne m'arrêterai pas à rappeler les explications diverses qu'on a données de ce conte bleu, je me contenterai de dire que c'est une allégorie, une vraie énigme dont la nature même et la suite des travaux d'Hercule doivent nous donner le mot, de la manière la plus satisfaisante.
Car tel est l'avantage que nous aurons dans l'explication de ces travaux, que nous serons éclairés et guidés par deux points de comparaison lumineux, l’ordre des travaux d'Hercule, d'un côté, le suite des travaux de la campagne, d'un autre.

En partant de ce principe, l'histoire de l'hydre ne renferme plus rien de difficile: on voit à l'instant le sujet de l'allégorie.


Hercule et l'hydre de Lerne, au Musée archéologique de Madrid
par Zaqarbal sur 
Flickr
 
Ce travail tombe sur le mois d'août, dont le signe est la Vierge, la sibylle, ou la belle moissonneuse, qui tient encore un épi dans ses mains.

N'est-ce pas alors en effet que l'on achève les moissons, que le laboureur recueille le fruit de ses soins, qu'armé de la faux meurtrière, il abat les têtes de ses épis dorés, vraies hydres à cent cous et à cent têtes sur un seul corps ? Car dans les fertiles contrées de l'Orient, sur le tronc d'un seul grain, s'élèvent une infinité de tiges dont la tête superbe a pour soutien un cou prodigieux.
Hercule fait ensuite mettre le feu au corps même de l'hydre, parce qu'alors, comme encore de nos jours, dans plusieurs contrées, le laboureur met le feu à ses chaumes, afin de fertiliser la terre par leurs cendres.

L'on ne doit pas être surpris d'ailleurs de voir les épis de blé changés en hydre: les serpents furent toujours dans l'antiquité le symbole des blés et leur nom allégorique, comme nous aurons l'occasion de le voir, et ce nom n'était pas mal choisi.

On n'objectera pas, contre l'explication de ce second travail, qu'il n'est pas naturel que la moisson soit placée immédiatement à la suite des travaux faits pour rendre la terre cultivable. II ne s'agit pas ici des travaux sur un même champ, mais des travaux d'une campagne entière. Or, dans toute campagne, lorsqu'on a fait en juillet les préparatifs nécessaires pour mettre une portion de cette campagne en valeur, on fait au mois suivant la moisson dans la portion qui a déjà été mise en valeur et semée l’année précédente.

On verra cependant, à la fin de cette explication des travaux d'Hercule, une autre manière de considérer celui-ci, relativement au troisième et au douzième.

Tableau quatrième
Sanglier saisi et offert aux Dieux, combat des centaures
Troisième travail

D’abord, Hercule saisit un sanglier et l'offre aux Dieux, ensuite, à l'occasion d'un tonneau de vin, il a tous les centaures sur les bras, et il en demeure vainqueur.
Tout ceci est relatif au mois de septembre, dont il peint exactement les travaux.
Lorsque les hommes avaient achevé leurs moissons, ils en témoignaient aux Dieux leur reconnaissance et ils immolaient alors des cochons, animaux nuisibles au laboureur ou à ses terres par les ravages qu'ils y font. Aussi, sous ce double rapport, le cochon joue un grand rôle dans l'antiquité. C’est un cochon qui blesse Adonis, un cochon qui tue Attys, un cochon qui ravage le pays des Calydoniens. C'est aussi un cochon qu'offraient aux Dieux tous les peuples agricoles.
Il en est souvent parlé dans les "Fastes" d'Ovide.

"Prima Ceres avidæ gavisa est sanguine porcæ,
Ulta suas merita cæde nocentis opes:
Nam Sata Vere novo teneris lactantia sulcis
Eruta setigeræ comperit ore Suis.
Sus dederat pœnas…" (Fast. I. 349 & suiv.

"Cérès prit plaisir la première à voir verser le sang d'une truie gourmande,
vengeant par la juste mort du coupable ses moissons ravagées,
lorsqu'au printemps nouveau, elles commençaient à tirer des sillons une nouvelle vigueur:
la truie porta la peine de ses ravages"

"A bove succincti cultros removete, ministri bos aret: ignavam sacrificate Suem" (Fast. IV. 412.)
"Ministres des Dieux, détournez du bœuf vos couteaux, qu'il laboure! Immolez le cochon paresseux."
  
Les cinq premiers travaux d'Hercule sur un sarcophage exposé au musée d'Antalya, par Levork sur Flickr
Au centre, l'épisode du sanglier d'Érymanthe.
 
C'est donc avec raison que, sur la galerie phénicienne, le tableau des têtes de l'hydre abattues est suivi de l'offrande d'un sanglier : elle peignait ces fêtes solennelles qui ouvrent le mois de septembre, dès que toutes les moissons sont achevées, fêtes très florissantes chez tous les peuples de l'antiquité et qui se sont transmises jusqu’à nous mais sanctifiées par des motifs encore plus purs et plus parfaits.

Les poètes, pour peindre énigmatiquement cette circonstance essentielle de la galerie phénicienne, dirent qu'Hercule avait eu ordre de saisir un sanglier qui causait d'affreux ravages, et qui fut ensuite offert aux Dieux. Sous ce point de vue, c'était en effet une vraie énigme, inexplicable dès qu'on la séparait de son ensemble.

II en sera de même des centaures, énigme également indéchiffrable jusqu’à présent parce que, jusqu’à présent, on n'avait pas pensé, que tous ces travaux décousus formaient une vraie suite d'actions très réelles et très intéressantes.

Les centaures, dans l'origine, étaient semblables aux satyres et aux pans: c'étaient des monstres qui, avec un corps humain, avaient des pieds et des cornes de bœuf. Dans la suite, on les peignit sous une forme plus élégante: on leur donna, depuis la ceinture en bas, un vrai corps de bœuf à quatre pieds. Dans la suite encore, on ne trouva pas cette forme assez belle et on les peignit avec un corps de cheval.

Tels sont les trois états par lesquels ont passé ces monstres, déjà si singuliers.

Dans le premier, ils étaient pareils à Bacchus l'ancien, qu'on appelait Tauriforme (Eurip. In Bacch. V. 912), et auquel les femmes de l'Élide offraient des vœux non moins énigmatiques, que nous verrons à l'instant.
Dans le second, ils étaient appelés avec raison centaures.
Relativement au troisième, on leur donna le nom d’hippocentaures, ou chevaux-centaures, et l'on ajouta que ceux-ci étaient nés des centaures et l'on avait raison car de ces deux êtres allégoriques, le dernier était né de l'autre.

Mais qu'avait-on voulu peindre par cette représentation si bizarre en apparence, et qui a été inexplicable parce que l'on n'avait aucune base fixe dont on pût partir?

Au moyen de celle que nous nous sommes faite et du fil que nous tenons, cette énigme ne sera pas plus difficile que les autres. Le mot en est très certainement le labourage et l'énigme en elle-même se trouve très conforme au goût égyptien et phénicien, et au génie de la plus Haute Antiquité, ce qui est très heureux.

C'est au labourage, à l'agriculture, que se rapportèrent les leçons des mortels qui, les premiers, instruisirent leurs semblables: toutes les fêtes et tout le culte des Anciens furent absolument relatifs au laboureur et sans cette clé, l'Antiquité est inexplicable, tout comme avec elle, elle n’a rien d'impénétrable.

La galerie phénicienne, ayant pour objet les travaux de la société entière dans le cours de l'année, dut nécessairement représenter ceux du labourage, qui se font d'abord après les moissons et dans le cours du mois de septembre. Aussi qu'y voyons-nous à cette époque ? Hercule, des centaures, un tonneau de vin.

À l'équipage des centaures, à leurs cornes, à leurs pieds de bœuf, pouvons-nous méconnaître des laboureurs peints dans le goût des peuples primitifs et que nous présentent encore tous les monuments de l'ancienne Égypte, peints aussi comme Bacchus l’ancien dans l'Hymne des Élidiennes le jour de sa fête ?

"Accours, lui disaient-elles, illustre héros, accours, Dionysus, honore de ta présence ton temple auguste, que les Grâces t'y accompagnent, ô toi qui frappe la terre avec ton pied de bœuf, saint taureau, taureau saint."

Ce Bacchus-taureau, qui ne fut autre que l’inventeur même de l’agriculture, ne pouvait être peint sous un emblème plus significatif, plus énergique.
Dans la suite, les Grecs le peignirent avec plus de noblesse, et non moins de vérité, sur un char de triomphe, sous la figure d'un beau jeune homme, et tiré par des centaures qui jouent de toutes sortes d’instruments, de la flûte, des tambours de basque, de la lyre, etc.

Si nous rapprochons cet emblème de celui qui le précédait chez les Égyptiens et du sens duquel tout le monde convient, celui-ci en acquerra un nouveau degré d'évidence. Les mois de juillet et d'août étaient peints sur les bords du Nil sous la figure d'un sphinx, monstre moitié femme, moitié lion. Cette nation agricole avait voulu peindre par-là ce temps de l'année où Hercule, désigné par le Lion, vit dans un état d'indolence et de plaisirs, désigné par la Vierge, temps qui est le carnaval de l'Égypte parce que, les terres étant couvertes d'eaux, ne permettent aucun travail à Hercule.

Maintenant, le voici enté sur un taureau parce que le temps des labours est venu, ce temps qui n'est plus le temps du repos ou des travaux doux et aisés, mais le temps du travail et de la peine, et où, avec une forte charrue et des bœufs vigoureux, il faut tracer des sillons et renverser les terres.

Si l'on voit, à côté de ces centaures, des tonneaux de vin qui avaient été mis en réserve pour ce temps-là, c'est encore une allusion au vin qu'on est obligé de boire alors pour réparer ses forces, et à l'usage où est le maître du labour de faire porter des pièces de vin sur le champ même, afin qu'on puisse y boire à sa soif.

C'est surtout encore pour désigner les vendanges qui se font aussi dans ce temps-là et qui sont également du nombre des travaux agricoles.

Si l'on a feint un combat à l'occasion de ce vin, si l'on a supposé qu'Hercule était resté vainqueur des centaures, l'on voit que c'est un embellissement à l'énigme, qui n'y change rien, ou une allusion à l'ardeur des gens d'Hercule, ou du laboureur, pour le vin, et une leçon à ce sujet.

Mais pourquoi supposa-t-on que les centaures étaient fils d'Ixion, que celui-ci, devenu amoureux de Junon, n'avait embrassé qu'une nue et avait été ensuite précipité dans les enfers, où il tournait sans cesse une roue, et que ce travail n'avait été suspendu qu'au moment où Proserpine entra aux enfers?

Cette fable, qui semble n'avoir pas le sens commun, s'accorde cependant parfaitement avec ce que nous venons de dire et avec l'esprit allégorique de l'antiquité en général, mais, surtout, relativement au labourage.

Ixion signifie en grec-même le fort, le puissant: il répond à l’Ish des Orientaux, qui désigne un homme fort et robuste. C'est par-là que fut désigné, dans Moïse, celui-là même qui le premier cultiva la terre.

Ixion est donc le laboureur: il veut affronter Jupiter et jouir de Junon, et il se trouve père des Nephilim, des enfants de la nue. Ceci est encore exactement vrai car le laboureur cultive sa propre mère, jusqu’alors épouse de Jupiter, puisque, jusqu’alors, la terre n'a rapporté que par le secours de Jupiter, que lui seul l'a rendue féconde, de la même manière et par la même raison que nous avons vue dans l'histoire de Saturne, que la terre était appelée épouse d'Uranus ou du Ciel.

Mais Ixion devient père des Nephilim, des enfants de Néphelé, ou de la nue, car c’est ce que ce nom signifie en grec. Ceci est encore vrai pourvu qu'on saisisse l'équivoque renfermée dans ce nom. Les nuées furent appelées Néphelé parce qu'elles sont élevées, ce sont les eaux d'en haut, les eaux supérieures. Mais tels sont les enfants d'Ixion, ou les centaures, ce sont les maîtres de la terre, ses princes, ses grands propriétaires, appelés Elohim ou dieux, et Cabires ou les grands, dans l'allégorie de Saturne.

En punition de sa témérité, on condamne le père des enfants de la nue à tourner incessamment une roue. Mais une roue n'est-elle pas l’emblème des révolutions, des années qui se succèdent sans cesse les unes aux autres, et de leurs travaux ? Une fois que le laboureur a commencé ses travaux, n'est-ce pas jusqu’à la fin de ses jours ? Ces travaux ne doivent-ils pas se succéder sans cesse et recommencer à chaque tour de roue ou chaque année, sans aucune interruption? Ce travail sans fin, suite de l'ambition du laboureur, est donc représenté très ingénieusement comme son supplice même, dans cette langue allégorique qui paraît dénaturer tous les objets.

Son supplice n'est suspendu que lorsque Proserpine entre aux enfers, et ceci est encore vrai. Proserpine fut la déesse des semailles, nous l'avons vu, mais lorsque les semailles sont faites et que la mauvaise saison est venue, le laboureur a un moment de repos, son supplice est suspendu.

Ajoutons que le mois de septembre s'appelait chez les Égyptiens Pa-Ophi ou Pha-Ophi, le serpent, et chez les Hébreux, Hé-Thanim, les dragons. Ce nom tombant sur un des équinoxes démontre toujours plus la vérité de l'explication que nous avons donnée au caducée et sert de preuve à l'explication de l'origine des Scythes, telle qu'elle est rapportée par Hérodote, et qui est aussi une allégorie (note IV).

Cinquième tableau
Chasse de la biche
Quatrième travail

On voit ensuite Hercule saisir une biche, s'en rendre maître, après l’avoir poursuivie longtemps. Cette biche courait d'une très  grande vitesse, elle avait des cornes d'or et ce fut avec des filets qu'Hercule s'en rendit maître.

Une biche aux cornes d'or est un animal fabuleux mais ce n'est qu'une faute d'interprète. Dans la galerie phénicienne, l'animal saisi par Hercule était une gazelle, animal de l'espèce du cerf, mais plus petit, et qui se rapproche de la biche. On en fit donc une biche aux cornes d'or.


Sarcophage romain décoré des douze travaux d'Hercule en bas-reliefs, Palazzo Altemps, Rome
Ici au centre, la biche de Cérynie - par mharrsch sur 
Flickr
Cette chasse qui tombe sur le mois d'octobre, immédiatement après les vendanges et les semailles, peint exactement les occupations du laboureur à cette époque. C'est alors qu'il s'occupe de la chasse, qu'il tend des filets et des pièges aux animaux des champs, dans les contrées où quiconque a une terre est maître d'en chasser ou d'en tuer les animaux nuisibles.

Sixième tableau
Oiseaux du lac Stymphale
Cinquième travail

Hercule, obligé ensuite de chasser les oiseaux du Lac Stymphale, qui ravageaient les contrées voisines, invente un tambour d'airain qui faisait un bruit affreux et continuel.

Ceci est encore pris dans la nature et l'on ne pouvait mieux peindre le mois de novembre et l'état des campagnes à cette époque. Alors, les champs se couvrent d'armées innombrables d'oiseaux de passage que le froid ramène du nord et qui les ravageraient totalement si l'on ne trouvait moyen de s'en délivrer.


 "Héraklès tue les oiseaux du lac Stymphale », 
Émile-Antoine Bourdelle, Musée d’Orsay, Paris – par  Kel Patalog sur Flickr
L'explication de ces deux derniers tableaux qui s'accorde déjà si bien avec la nature, ne s'accorde pas moins avec le calendrier de la Rome païenne: elle avait consacré les deux mois qui y répondent à Mars, dieu des guerriers, et à Diane, déesse des chasseurs. Ces deux divinités étaient autant d'emblèmes relatifs aux travaux de ces deux mois.

Septième tableau
Étables d’Augias nettoyées
Sixième travail

Ici nous voyons Hercule nettoyant les étables d'Augias avec des torrents d'eau. C'est pour le mois de décembre. On peut donc dire qu'on peint ici les temps pluvieux de cette saison qui la firent nommer hyver, hyems, mot à mot le temps des eaux, des deux primitifs Hu, Hou, Hy eau, et Ems temps, et qui ont fait donner aux signes qui paraissent alors les noms de Verseau et de Poissons.

On peut dire encore que, comme cette saison est un temps de repos pour la campagne, le laboureur en profite pour réparer et nettoyer ses étables et pour faire tout ce que ses travaux passés, trop pressants, ne lui ont pas permis d'exécuter plus tôt, dans l'intérieur de ses domaines, pour leur avantage.
  
"Mosaico Trabajos Hércules" au musée national archéologique de Madrid,
par Cea. sur 
Flickr
Huitième tableau
Taureau subjugué et jeux olympiques institués
Septième travail

Nous voici arrivés à un travail qui regarde un des plus grands évènements de la Grèce, l’établissement des jeux, et surtout des jeux olympiques. Mais comment ces jeux sont-ils liés avec Hercule ? Quelle relation ont-ils avec le point de vue sous lequel nous l'envisageons ? Quel rapport peut-il y avoir entre les travaux de la campagne et ces jeux qui intéressaient la Grèce et qui avaient pour objet, dit-on, d'entretenir parmi ses habitants cet esprit belliqueux qui les distingua si fort dans l'Antiquité. C’est ce qu'il ne sera pas difficile de découvrir.

L'origine des jeux de la Grèce se perd dans la nuit des siècles, aucun qui n'ait été établi dans les temps mythologiques. Les jeux néméens, fondés en mémoire du lion vaincu, tiennent à Hercule. Il en est de même des jeux olympiques: ils furent institués par Hercule, dit-on. On n'est en peine que pour décider quel fut cet Hercule: c'est le Thébain, disent les uns, c'est l'Idéen, disent les autres (Strabon. Géogr. Liv. VIII). Mais aussi fabuleux l'un que l'autre, ce n'est que dans un sens allégorique qu'on peut leur attribuer l’établissement de ces jeux.

Dès que la Grèce fut devenue un état agricole, elle eut des jeux fixes: il en fut de même de l'île de Crète, où l'on plaçait l'Hercule idéen, et qui, par son commerce avec l'Égypte et la Phénicie et son sol fertile, paraît avoir été policée longtemps avant la Grèce.

Mais ces jeux n'avaient commencé ni en Crète ni en Grèce. Déjà ils étaient établis dans les empires agricoles de l'Orient car dès qu'il y eut deux laboureurs, et qu'ils eurent achevé leurs moissons et leurs semailles, ils se prirent par la main et ils dansèrent autour de leurs champs une danse de joie et d'actions de grâce envers l'auteur de tant de biens, et ils firent danser tous ceux qui les avaient aidés et ils couronnèrent de fleurs les animaux même, compagnons de leurs travaux. II était bien juste que tout se ressentît de ces heureux succès.

Ces jeux prirent seulement en Grèce une forme plus parfaite, plus constante, plus variée, parce qu'ils furent les jeux de la nation entière, ou de toutes les républiques grecques réunies, tandis que chez les autres, ils n'eurent jamais cette publicité.

Ce n'est pas sans raison qu'on en fit honneur à Hercule, qu'on les mit sous sa protection, qu'on les lia avec l'histoire du taureau d'Érymanthe. Tous ces objets sont étroitement unis. Le taureau vaincu par Hercule représente les courses de taureaux, si célèbres encore dans les pays méridionaux, et qu'ils tinrent des Orientaux.


"Hercules fights the bull", château de Schwerin, par Brian Suda sur Flickr
Ils sont placés dans le septième travail, qui tombe sur l'hiver, parce que c'est le temps où les travaux de la campagne étant achevés, les greniers pleins, les caves garnies, on ne pense plus qu'à se réjouir en attendant que le temps du travail recommence. Aussi est-ce pour tous les peuples situés comme nous, le temps des fêtes et des jeux publics. Telles furent autrefois les Saturnales, dont la fête des rois est une ombre, tel est maintenant le carnaval.

Ils sont de l'invention d'Hercule ou du soleil parce qu'ils sont réglés sur son cours et qu'on y représentait sa course et ses travaux, aussi les endroits publics où l'on célébrait ces jeux, tels que les cirques, avaient ordinairement des lions à leur entrée et ils étaient circulaires comme la marche du soleil.

C’est par là-même que les jeux du cirque étaient appelés sabins, non qu'ils eussent été inventés par les Sabins mais parce qu'ils étaient faits à l'imitation du soleil appelé lui-même Sab ou Sab-us, comme nous l'avons vu dans l'Histoire de Saturne.

Les jeux olympiques se célébraient tous les quatre ans parce qu'il eût été trop dispendieux de les célébrer toutes les années et parce qu'on les régla sur le cycle bissextile du soleil, qui renferme quatre ans et dont la quatrième année est d'un jour plus longue que les trois autres.

C’est ce que l'on appelait une olympiade, manière de compter les années qui devint seule en usage en Grèce, depuis qu'Iphitus eut rétabli les jeux olympiques dans toute leur gloire, le huitième siècle avant notre ère.

Ces jeux à l'honneur d'Hercule étaient certainement célébrés dans la Phénicie, avant le temps où ils commencèrent de l'être chez les Grecs, puisqu'ils étaient consacrés à Hercule, la grande divinité des Phéniciens. Aussi voyons nous, dans les Anciens, des passages qui font mention des jeux célébrés à Tyr de quatre ans en quatre ans.

Il est parlé, dans les Macchabées (II Machab. Ch. IV. 19-20.), de trois cent drachmes d'argent que Jason, qui s'était emparé de la place de souverain pontife à Jérusalem, envoya aux Tyriens pour contribuer à la célébration de ces jeux. Il en doit être parlé ailleurs (Theodoret. Lib. Semest. Serm. III C. 24).

Hercule fut le premier et le seul qui se présenta pour combattre aux jeux qu'il venait d'instituer, aucun athlète n'osa se mesurer contre lui: il remporta ainsi tous les prix. Retiré de la guerre pour ne s'occuper plus que de fêtes, d'assemblées et de jeux, chacune des divinités de l'Olympe lui fit un présent.
Minerve lui donna un voile, Vulcain une massue et une cuirasse, Neptune un cheval, Mercure une épée, Apollon un arc et Cérès établit en sa faveur les "Petits mystères", afin qu'il pût y recevoir l'expiation du meurtre des centaures.

Ces dons conviennent au soleil et sont relatifs aux qualités attribuées aux divinités qui sont supposées les avoir faits.
Le voile que lui donne Minerve est celui dont il s'enveloppe la nuit, tissé par Minerve ou la lune. La massue redoutable, avec laquelle il défriche les campagnes, lui vient de Vulcain, dieu du feu. Neptune, à qui les chevaux étaient consacrés, lui donne le cheval, marque de la rapidité de sa course, ce cheval Pégase qui fend les airs. Mercure lui donne une épée, cette épée avec laquelle Saturne sillonne la terre. Apollon, cet arc avec lequel le soleil darde ses rayons. Enfin, Cérès établit en son honneur les mystères d'Éleusis parce qu'ils avaient été institués, comme nous le verrons bientôt, en faveur de l'agriculture et comme fêtes agricoles.

Neuvième tableau
Juments de Diomède
Huitième travail

Sous le mois de février, Hercule se rend maître des juments de Diomède. Elles étaient si terribles qu'on leur avait donné des mangeoires d'airain et si fortes qu'on était obligé de les lier avec des chaînes de fer. Ce n'était pas des fruits de la terre qu'on leur donnait à manger, elles se nourrissaient des malheureux étrangers qui arrivaient en Thrace. Hercule, pour les dompter, les rassasie de la chair de celui-là même qui les avait accoutumées à se nourrir de chair humaine. Ensuite, il les donne à Eurysthée qui en fit présent à Junon.

Cette allégorie est elle-même d'airain et de fer, ne soyons donc pas étonnés si elle a donné lieu à une foule d'explications plus chimériques les unes que les autres.

Hercule et les juments, Londres - par BenSpark sur Flickr
 
À peu près dans ce temps-là, les Égyptiens offraient aux Dieux des gâteaux sur lesquels étaient peints des hippopotames enchaînés. Cette peinture emblématique paraît avoir servi de modèle pour les juments de Diomède, liées également avec des chaînes de fer puisque l’hippopotame, chez les Égyptiens, représentait Typhon ou l'hiver, vaincu par Horus et par son cheval.

Les Égyptiens disaient qu'Horus, voulant venger la mort d'Osiris tué par Typhon ou par l'hiver, en vint à bout, non avec le lion mais monté sur le cheval. C'est un fond commun, les accessoires seuls sont changés.
L'hiver est en effet une saison terrible, où la terre ne produit rien, où son sein est un sein de fer et d'airain, fermé à toutes les opérations du laboureur et qui le force à se nourrir de ses travaux passés, à consumer ses récoltes, à vider ses caves et ses greniers.
Hercule s'en rend maître au mois de février parce qu'alors il parvient à faire cesser l'hiver, et il leur fait manger leur maître car dès lors il ne paraît plus.

Et c'est Diomède qu'Hercule a vaincu, car ici Diomède est le même que Typhon. Son nom composé de Dio, Jupiter ou Ciel, et du mot Mad, mouillé, humide, désignait très bien l’hiver, ou le temps des pluies.

Dixième tableau
Guerre des Amazones
Neuvième travail

S'il est quelque travail d'Hercule qu'on soit excusable d'avoir pris historiquement, c'est celui-ci. Le récit en est si circonstancié, si simple, si naturel, qu'on ne saurait s'en défier, d'autant plus qu'on ne voit point ici de monstres tels que ceux qui nous ont occupé jusqu’à présent. Aussi, personne qui n'ait vu, dans cette guerre des Amazones, un événement historique.

On aurait dû être étonné, à la vérité, d'une guerre aussi sanglante pour une ceinture, mais on a fait tant de guerres, on a désolé tant de nations, on a renversé tant de villes, on s'est fait tant de mal pour si peu de chose que l'humanité opprimée n'est surprise de rien et qu'on ne trouve point extraordinaire qu'un héros extravagant, comme on peint Hercule, ait fait couler des ruisseaux de sang pour une ceinture.

"Herakles Fighting an Amazon" Metropolitan Art Museum, New-York City
par *clarity* sur Flickr
 
Une nation aussi singulière que celle des Amazones aurait dû être elle-même reléguée au rang des êtres fabuleux mais il en est tant parlé dans l'Antiquité, nous avons cru nous-mêmes si longtemps qu'il y avait encore des Amazones, on a un si grand penchant au merveilleux, à l'extraordinaire, qu'on est, je le répète, très excusable de n'avoir vu jusqu’à présent, dans ce récit, qu'un trait historique.

Mais, si c'est une allégorie, sera-t-il étonnant que l'on n'ait rien compris aux travaux d'Hercule ? Et que ce soit une allégorie, et une allégorie très ingénieuse, et qui seule démontrerait que la vie entière d'Hercule n'est qu'une suite d'allégories? C'est ce qui résulte invinciblement de tous les caractères dont ce récit est chargé.

J'en trouve dix bien comptés, qui sont autant de traits allégoriques auxquels on ne peut se méprendre et qui, tombant sur le mois de mars, nous donnent pour mot de l'énigme l'éq... Mais ne le disons pas si vite.

Caractères allégoriques du combat d’Hercule contre les Amazones:
  1. Hercule a ordre de se rendre maître de la ceinture des Amazones,
  2. Pour cet effet, il traverse la Mer noire,
  3. Et le pays des Cimmériens,
  4. Arrivé chez les Amazones, il fait sa demande, elle est refusée, il livre le combat,
  5. Douze Amazones périssent dans ce combat,
  6. La dernière meurt vierge, ainsi qu'elle l'avait juré,
  7. Alors leur reine livre la ceinture, et cette reine s'appelle Mélanippe,
  8. Et ses sujettes, Amazones,
  9. Et le lieu du combat, Thémiscyre,
  10. Tandis que le fleuve sur les bords duquel il se livre, s'appelle Thermodon.
Explication de ces dix Caractères

Jusqu’au mois de mars, les nuits ont disputé au soleil, ou à Hercule, la ceinture céleste, jusqu’alors plus longues que les jours, elles ont eu l'empire du ciel. Enfin, Hercule devient le maître, il leur arrache la ceinture, les jours deviennent plus longs et la nuit, honteuse, si confuse, va se cacher au-delà de la Scythie.

C'est le moment de la victoire remportée par Hercule, qu'on décrit ici d'une manière d'autant plus allégorique qu'elle paraît un récit pur et naïf d'un événement historique.

Pour remporter la ceinture, Hercule traverse la Mer Noire et le pays des Cimmériens, mais ces deux noms désignent les ténèbres de la nuit. Ce dernier est formé du mot Oriental Camar qui signifie noir, ténébreux, l'horreur de la nuit, et d'où vint le proverbe "Ténèbres Cimmériennes", pour designer les ténèbres les plus épaisses.
Hercule ne remporte le prix du combat qu'après avoir traversé ces contrées ténébreuses, parce qu'il ne vainc qu'en mars, après la saison des ténèbres.
La reine qui possède la ceinture s'appelle Mélanippe, c'est-à-dire la reine des chevaux noirs, mais à cet attelage triste et lugubre, qui peut méconnaître la nuit?
Ses sujettes s'appellent Amazones et elles ne peuvent être mieux nommées. Leur nom vient du primitif Am ou Ama, réunion, et du mot zône, ceinture. Ce sont les nuits, qui règnent toutes ensemble sur la même zône.

Cette étymologie est si heureuse que si on avait voulu la forger exprès, on n'aurait pu mieux réussir. Elle est d'ailleurs parfaitement conforme au génie de l’Antiquité. On y donnait le nom d’azônes aux divinités qui n'avaient point de district particulier ou de zone dans le Ciel qui leur fût propre (Grotius, sur Martien Capella, où il s’appuie du témoignage de Servius). Mais puisqu'on appelait azones, c'est-à-dire sans zones, les dieux qui n'avaient point de zone à laquelle ils présidassent, il était naturel d'appeler Ama-zones ceux qui régnaient en commun sur la même zone.

La dernière des Amazones meurt vierge. En effet, dans toute classe d'êtres, celui qui est le dernier et qui ferme la marche ne saurait être appelé père. La nuit qui est la dernière de l'année meurt donc vierge dans le style symbolique. Et c'est ici une expression très commune dans la mythologie ancienne, c'est ainsi que Xiphée meurt sans enfants (note VI.)

C'est sur les bouches du Thermo-don, mais ce mot signifie fleuve de chaleur. Elle commence en effet à se faire sentir avec force dans les contrées orientales dès que le mois de mars est arrivé.
Enfin, ce qui achève l’explication de l'allégorie, et qui en est le mot même, c'est le nom de Thémi-Scyre. On ne peut nier que Thémis signifie juste, égal, et Scyre, ou Scure, nuit, obscurité. Thémi-Scyre est donc mot à mot nox-æqua, l'équinoxe.

Et avec cela, tout est dit.

Ces Amazones cependant font mine de se rallier, avec les débris de leur armée, elles fondent sur Athènes mais, battues de nouveau, elles se retirent par-delà la Scythie et ne paraissent plus.

Il est incontestable que Minerve, qui s'appelle en grec Athéné, désigne la lune. Ainsi l'Athené dont il est ici question n'est pas la ville d'Athènes mais la déesse même dont elle portait le nom et qui achève de subjuguer les Amazones car, immédiatement après l'équinoxe de mars, la lune qui vient de se renouveler raccourcit encore plus les nuits et leur fait abandonner la Scythie.

On ne sera pas surpris que Minerve, ou Athené, soit la lune, encore moins que la lune fût appelée Athené, pour peu que l'on soit au fait de la mythologie et des langues orientales. La lune était la reine des astres mais c'est précisément ce que signifie Athené, la souveraine. Aussi Plutarque dit, dans son "Traité d'Isis et d'Osiris", que la lune s'appelait dans l'Orient Athenaïs. C'est le féminin d'A-don-is, le seigneur, le roi, nom du soleil.

Onzième tableau
Vaches de Géryon
Dixième travail

Ce travail d'Hercule tombe sur le mois d’avril et il est très analogue à ce temps. Le signe de ce mois est pour nous le Taureau mais chez les Anciens, et surtout en Égypte, c'était le signe de la Vache, vache d'Isis et emblème de la fécondité, aussi Isis était la même que Vénus, déesse protectrice du mois d'avril.
Si les vaches dont Hercule se rend maître alors s'appellent vaches de Géryon, ce fera une allusion à la racine primitive Gur, Ger, qui signifie amas, abondance et dont vint guérer.

Douzième tableau
Cerbère arraché des enfers
Onzième travail

Nous voici de nouveau avec les monstres. Celui-ci est très singulier, c'est Cerbère, placé au fond des enfers on ne fait pourquoi, et qu'Hercule en arrache on ne sait trop non plus pourquoi. Mais écoutons Diodore, consultons l’Antiquité, et nous verrons avec quelle justesse on a mis cet exploit au rang des travaux du Thébain.

"Dès qu'Hercule, nous dit Diodore, eût reçu l’ordre d'aller chercher le chien Cerbère, ordre qu'il regarda comme très glorieux pour lui, il prit le chemin d'Athènes, là, il se fit initier aux Mystères d'Éleusis, dont Musée, fils d’Orphée, était alors chef."
  
"Hercule et Cerbère" bronze de Paul Manship au Luce foundation center 
for American art, Washington - par  cliff1066TM sur Flickr
 
Ensuite notre auteur se jette sur l’histoire d'Orphée: il nous apprend que le poème qu'il avait composé est admirable, non seulement par la disposition du sujet mais encore par la beauté et la cadence des vers. Il ajoute qu'il alla en Égypte pour se perfectionner dans la connaissance des Mystères, de même que dans la poésie et la musique, qu'il accompagna aussi les Argonautes dans leur voyage, et qu'il eut tant d'amour pour sa femme Eurydice qu'il ne craignit pas de l'aller chercher dans les enfers, qu'ayant charmé Proserpine par les sons de sa lyre, il en obtint le privilège de ramener Eurydice et qu'il la retira du Tartare, à l'exemple de Bacchus qui en avait fait sortir Sémélé sa mère et qui, sous le nom de Thyoné, lui fit part de l'immortalité.

Alors, revenant à Hercule, Diodore nous dit qu'il fut reçu de Proserpine comme son frère, qu'elle lui permit même d'emmener avec lui Thésée et Pirithoüs, qui y étaient retenus prisonniers, qu'enfin, Hercule ayant lié Cerbère avec des chaînes de fer, il le tira hors des enfers et le fit voir aux hommes.

On ne saurait donc s'y méprendre, le chien Cerbère est une allusion manifeste à la fête la plus respectable de l'antiquité, aux Mystères d’Éleusis, relatifs à l'agriculture, ce sont ici ces Mystères, dont notre auteur a dit plus haut que Cérès les avait établis en faveur d'Hercule, vainqueur aux jeux olympiques.
C'est donc avec raison que notre héros, ayant reçu ordre de retirer Cerbère des enfers, va à Athènes et se fait initier aux Mystères d'Éleusis. C'était exécuter à la lettre l’ordre qui lui avait été donné.

L'histoire d'Orphée, qui ne paraît ici que l'épisode d'un conteur, est donc aussi très en place et il se pourrait bien que celle des Argonautes, citée aussi comme par hasard, eût avec ces mêmes objets beaucoup plus de rapport qu'on ne pense.
Les Mystères d'Éleusis et ses initiations étaient étroitement liés avec le système des Anciens sur les Champs Élysées et sur le Tartare. Orphée, qui les chanta, fit un poème intitulé "Descente aux enfers" et l'on dit qu'il y était descendu.

Virgile, étant dans l'obligation de faire initier son pieux héros, le fait descendre également aux enfers.
Thésée y était descendu, disait-on, il s'était assis dans cette vue sur la Pierre Triste, sur cette même pierre sur laquelle s'était assise Cérès, lasse de chercher sa fille.

La descente aux enfers et Cerbère étaient donc devenus les symboles des Mystères et de leur initiation. Aussi, à cet endroit des travaux d'Hercule, Cerbère tient lieu des Mystères entiers et de l'initiation, cérémonie que l'on décrivait en termes pompeux, comme une vraie descente dans la région des Morts, et dont Apulée a dit:

"Je me suis approché des confins de la Mort et ayant passé le seuil de Proserpine, je suis revenu, porté par les éléments, j'ai vu au milieu de la nuit le soleil brillant d'une lumière éclatante, j'ai vu les Dieux supérieurs et inférieurs, je m'en suis approché et je les ai adorés de près. Des monstres de toute espèce, et surtout des chiens qui aboyaient, faisaient partie de ce spectacle."

Énée, ayant passé le fleuve des enfers, arrive au milieu des morts. Le premier objet qui le frappe, c'est Cerbère, ce fantôme des Mystères, qu'Hercule était allé chercher.

La sibylle, qui accompagnait Énée, jette à l’animal furieux, pour l'apaiser et pour faire cesser les profonds aboiements, un gâteau fait avec du miel et des fruits préparés. Cette composition le plonge dans le plus profond sommeil.

Treizième Tableau
Pommes des Hespérides: colonnes d’Hercule et passage de l’Évène
Douzième et dernier Travail

Enfin, pour terminer les travaux, Hercule reprend le chemin de l'Afrique: c'est pour cueillir les pommes du jardin des Hespérides. C'est alors, encore, qu'arrivé à la fin de ses voyages, il élève ces fameuses colonnes qui sont pour lui le non plus ultra. Obligé en même temps de traverser le fleuve Évène avec Déjanire, il accepte le secours du centaure Nessus, cause de sa mort, car dans l'idée que ce centaure faisait insulte à Déjanire, il le perce de ses flèches. Nessus mourant donne à Déjanire sa robe teinte de son sang, en lui persuadant qu'Hercule ne lui fera jamais infidèle tandis qu'il la portera. Mais celui-ci ne l'a pas plutôt revêtue qu'un poison mortel s'insinue dans ses veines et, ne pouvant plus en supporter les douleurs, il se résout de mettre fin à sa vie.

Tels sont les événements qui illustrent ce douzième travail de notre héros, et en même temps le dernier!

Mais que doit-on entendre par ce jardin des Hespérides et par les pommes qu'Hercule y cueille ? En vain on le demanderait à l'Antiquité et aux savants modernes. On a fait à cet égard toute sorte de conjecture si aucune qui soit satisfaisante.


Hercule et les pommes d'or (détail) - Musées du Capitole (Rome)
par mmarftrejo sur 
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Les uns ont dit que ces pommes d'or sont des brebis dont Atlas fit présent à Hercule pour le récompenser des services qu'il lui avait rendus, brebis les plus célèbres alors par la beauté de leur laine et que l'on ait entendu par ces pommes des brebis, la preuve en est sensible puisque le mot grec Mêlon, en dorien Malon, d'où le Latin Malum, signifie également brebis et pomme.
Paléphate, qui prend ce mot aussi dans le sens de brebis, place la scène de l'enlèvement dans la Carie et dit que les Hespérides auxquelles appartenait le troupeau s'appelèrent ainsi du nom de leur père Hespérus.
D'autres, et de ce nombre Bochart, ont vu dans ces pommes lès richesses d’Atlas parce que Malon, qui signifie en phénicien pomme, comme en grec, signifie de plus richesse dans cette langue orientale.
D'autres y ont vu de vraies pommes, pommes d'or, ou oranges, appelées par cette raison en latin Aurantia, fruits d’or, d'où notre mot Orange.

L'on n'a pas été plus d'accord au sujet de ces colonnes plantées par Hercule comme son non plus ultra et le terme de sa course. Les uns ont cru qu'il fallait entendre par là de vraies colonnes élevées par ce héros des deux côtés du détroit de Gibraltar, qu'on regarda longtemps comme la fin de l'univers: d'autres y ont vu les montagnes de Calpé et d'Abyla qui bordent ce détroit de Gibraltar, l’une en Europe, l'autre en Afrique, ce qu'ils confirment par l’étymologie d'Abyla, qui signifie dans les langues d'Orient, une colonne (Appolonius dans Philostrate, Voyez Banier, Tom. VII. P. 37.)
Selon d'autres, ce sont deux colonnes élevées comme deux talismans contre la fureur des eaux, dans le temple d'Hercule à Cadix. Hercule y avait gravé, dans le palais des Parques, des paroles enchantées pour affermir à jamais la terre et l'océan.

Tandis que tous ces critiques isolent ces travaux et que, ne les considérant jamais dans leur ensemble, ils se perdent dans de vaines spéculations dénuées de toute force, réunissons sous un seul point de vue le jardin des Hespérides, les colonnes qui marquent la fin de la course d'Hercule et de ses travaux, son passage de l'Évène, les malheurs qui en résultent et le mois auquel répondent tous ces événements. Nous en verrons naître la plus vive lumière.

Ce mois, c'est celui de juin mais n'est-ce pas dans ce mois qu’Hercule, ou le soleil, arrivé au signe du Cancer, au plus haut de sa course, voit la fin de ses travaux, et que ce signe est son non plus ultra. Ces deux fameuses colonnes, au-delà desquelles il n'alla jamais, sont donc les deux tropiques, colonnes ou bornes que lui assigna Eurysthée, ou le Tout Puissant. Telles sont les barrières qu'il ne franchit jamais et qui circonscrivent le vaste cirque dans lequel il remplit la course qui lui est ordonnée, et entre lesquelles il exécute tous ses travaux.
   
Alameda de Hércules, Séville par Sam Kelly sur Flickr
 
Calpé et Abyla ne sont rien au prix de celles là: elles peuvent être pour les premiers phéniciens le terme de leurs courses mais elles ne servirent jamais de borne à notre athlète céleste.

Mais comment se trouve-t-il alors dans le jardin des Hespérides ? Rien de plus simple. L’Hespérie, mot dont les Latins firent Vesperus, signifie constamment le soir, le couchant. Ce mot n'est pas primitif, mais enté sur le mot oriental Spir, qui signifie jour, lumière, matin, et qui, étant précédé de la négation Xé, Oué, Vé, signifie soir, couchant, obscurité.
Mais à ces expressions propres s'en joignent de figurées. Ainsi le matin ou le jour sont synonymes de la vie tandis que couchant, ténèbres et nuit s'unissent à l'idée de mort et de fin.

Hercule parvenu au mois de juin et à l'une de ses colonnes, et arrivé à la fin de sa carrière, est donc en effet au jardin des Hespérides.

Mais comment a-t-il traversé alors le fleuve Évène ? Comment s'y trouve-t-il avec Déjanire et avec Nessus ? Comment celui-ci est-il cause de sa mort ? Tout autant d'objets qu'on a pris dans le sens historique et qui ne contribuaient en rien à l'éclaircissement des travaux d'Hercule: rien de plus simple et de plus vrai néanmoins, quand on les prend dans le sens allégorique.

Évène signifie, mot à mot, le fleuve du soleil. II est composé des deux primitifs Ev ou Av, Eau, et En ou Oen, soleil. Ce fleuve, c'est le cours entier du soleil pendant l’année: on se rappelle ce que nous avons déjà dit si souvent, qu'on faisait du soleil un navigateur.

Arrivé au jardin des Hespérides, c'est-à-dire à la fin de sa course, et par là-même sur les bords de l'Évène, il s’y trouve avec Déjanire et avec Nessus. Mais ici, il faut que l'on me passe encore des étymologies, aussi simples, à la vérité, que celles de l’Hespérie et de l'Évène, mais indispensables puisque ce sont des noms significatifs et que ces noms furent ínventés non dans nos climats mais dans l'Orient, il y a déjà bien des milliers d'années.

Déjanire est composé de deux racines très connues, de Deïa, qui signifie abondance, plénitude, et dont nous avons déjà fait usage quelquefois, et de Nir, Nyr, Nour, qui signifie lumière.
N’est-ce pas alors en effet, au solstice de juin, que nous sommes parvenus dans la plénitude de la lumière, aux jours les plus longs, et que dans un autre sens le nombre des jours donnés à Hercule pour ses travaux est rempli et parfait ?
D'un autre côté, Nessus est le mot Oriental Nesshe, qui signifie victoire, nom que portait le dernier jour de l’année.
   
Hercule en lutte contre le centaure Nessus, Florence
par rjhuttondfw par 
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Ces mots, changés l'un en héros ou en centaure, l'autre en héroïne ou en femme d'Hercule, se trouvent en effet les auteurs de sa fin, car si le nombre de ses jours n'était pas accompli, et s'il n'avait pas remporté la victoire par son arrivée à la fin de sa carrière, il serait encore en course, encore il lutterait dans le cirque.

Si l'on insiste et que l’on veuille quelque chose de précis sur les fruits qu'Hercule a cueillis avant sa fin, nous reviendrons en arrière, et au lieu de regarder le combat avec l’hydre comme l’allégorie de la moisson parce qu'il répond au mois d'août, nous le considérerons comme le dessèchement des marais, suite du premier travail qui fut le défrichement des terres. Ces marais sont de véritables hydres, c'est à-dire des sources d'eau qui semblent intarissables, et leurs têtes à longs cous où l’on met le feu pour qu'elles ne croissent pas, seraient les joncs et toutes les autres plantes aquatiques qui naissent dans les marais, ou même, et dans le sens le plus littéral, les serpents et les hydres énormes et de toute espèce dont sont remplis les pays marécageux et incultes.

Tel serait alors l’arrangement des travaux d'Hercule:

•   Le premier, défrichement des terres, extirpation des forêts, etc.
•   Le second, dessèchement des marais, fossés creusés, digues élevées, etc.
•   Le troisième, labour et semailles, etc.

Le douzième, au mois de juin et à la fin de l’année du laboureur, moisson aux fruits dorés, appelés avec raison Mêla, ou richesses millionnaires des jardins, paradis ou terres cultivées, après la récolte desquelles, cessation des travaux, fin de l’année, terme de la course commencée. Et ces richesses sont véritablement encore les richesses d'Atlas, dans le sens où Atlas signifie travaux, combats d'athlètes ou de héros infatigables.

Quatorzième tableau
Mort d'Hercule et son apothéose
  
Hercule ayant ainsi terminé ses travaux, confié sa première femme et ses cinquante fils à Iolas, épousé Omphale et Déjanire, et acquis Iolé, se fait transporter sur le Mont Oeta, s'y jette dans un grand bûcher et, disparaissant aussitôt, est mis au rang des Dieux.

Nous revoyons donc ici les allégories anciennes de tous les Orientaux, d'Osiris, mort et pleuré chez les Égyptiens, de Thammuz et d'Adonis, qui éprouvent le même sort en Phénicie et en Syrie, etc.

"The apotheosis of Hercules" - Château de Versailles
par Vitamindave sur Flickr
 
Osiris, Adonis, Thammuz, Hercule sur le Mont Oeta, etc. sont une seule et même allégorie, relative à la fin de l’année, au soleil qui s'éloigne, qui expire, jusqu'à ce qu'il revienne du fond de l’Afrique, aussi brillant que jamais et portant partout la sérénité et la joie.

II se brûle sur le Mont Oeta, du mot Oriental Esh, Oet, qui signifie feu et qui désigna aussi le soleil. Hercule se brûle sur le Mont Oeta, comme le Phénix sur l'autel d'Héliopolis. C'est une révolution qui finit pour faire place à une autre et le spectateur est congédié par un beau feu d'artifice.

Hercule refuse d'être mis au nombre des douze grands Dieux

Enfin Hercule, introduit dans les cieux pour prix de ses travaux, refuse d'être mis au rang des douze grands Dieux, afin, dit-il, de n'en fâcher aucun. Ce trait jeté ici comme par hasard, met la dernière main à toute cette allégorie. Les douze grands Dieux, comme nous le verrons dans la suite, n'étaient autre chose que les représentations symboliques du soleil et de la lune pour chaque mois, dont on fit ensuite autant de divinités protectrices des mois. Or, Hercule, étant le soleil lui-même qui préside à tous ces mois, ne pouvait être mis réellement au nombre de ces douze, sans être dégradé, et sans que l'allégorie ne devînt fausse, et ne pût être jamais entendue.

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