SOLEIL ET LUNE EN ASTROLOGIE, LES TENDANCES DE LA DESTINÉE, par Armand BARBAULT

Si l'Astrologie souffre d'un préjugé défavorable, d'un discrédit instinctif, c'est en grande partie parce qu'elle implique, dès qu'on l'invoque, la notion de la prévision de l'avenir, alors qu'on serait plus disposé à l'accepter en tant que facteur d'investigation psychologique. Et pourtant, la prévision rationnelle n'a rien d'occulte et doit même être un des buts essentiels de toutes les connaissances. Il faut reconnaître que du caractère à la destinée, le passage est tout tracé, tant il est vrai que l'homme est l'artisan de son destin, conscient et le plus souvent inconscient. Peut-on nier l'influence des luminaires sur la vie de l'être humain, sur son destin ?    


Article extrait de l'ouvrage "Soleil et Lune en astrologie"
Centre International d'Astrologie, Paris, 1953  

Quand Choisnard et Krafft constatent, dans leurs études sur "l'hérédité astrale", qu'il arrive plus souvent que de coutume aux enfants de naître à la même heure du jour ou vers le même anniversaire que ses parents, proches ou lointains, quand Edouard Symours prouve, avec une statistique portant sur plus de quatre mille cas, que l'on meurt plus fréquemment aux alentours de son anniversaire ou à six mois de celui-ci, il est bel et bien question que notre vie est réglée, dans une certaine mesure, sur le Soleil, sans parler de la dépendance étroite de notre vie quotidienne il l'égard des saisons.
 
Quant à la Lune, elle est depuis toujours soupçonnée de "tisser" les destins. Ce n'est pas pour rien qu'elle est conçue dans les mythes comme une immense araignée, image que nous rencontrons chez un grand nombre de peuples (note 1). Tisser signifie créer, tout comme le fait l'araignée qui bâtit sa toile d'elle-même. Les Moirai, qui filent les destins, sont des divinités lunaires. Homère les nomme les "fileuses". D'autre part, dans les vieilles langues germaniques, un des termes qui désignent le "destin" (ancien haut-allemand wurt, vieux norvégien urdhr, anglo-saxon wyrd) dérive d'un verbe indo-européen uert, "tourner", d'où les termes ancien haut-allemand wirt, wirtil, "fuseau", "quenouille", hollandais worwelen (note 2). Les Parques ne sont-elles pas des divinités féminines? Et probablement lunaires... À tout cela s'ajoute l'idée de rythme, réalisé par la succession des contraires, du "devenir", évoqué par la succession des phases lunaires.

"Seventh sense"
En fait, les deux luminaires sont les souverains ordonnateurs de la destinée, ce sont eux qui mènent la ronde, bien avant les planètes, et il ne suffit pas d'avoir une "bénéfique" dominante et bien située pour connaître une heureuse destinée, un Soleil ou une Lune dissonante peut tout remettre en question. Au contraire, on peut tenir pour assuré que lorsque le Soleil et la Lune sont bien placés, et surtout bien aspectés, la destinée est heureuse dans sa ligne générale, alors qu'elle est malheureuse lorsque ces deux astres forment des dissonances. Nous tenons là une règle qui souffre peu d'exceptions, surtout si l'Ascendant et le Milieu-du-ciel confirment les indices des luminaires. Ce sont ces quatre facteurs qui font le "tonus" de la destinée.


En tant que donnée spécifique, le facteur Lune semble être essentiellement un coefficient de chance. Bien située, surtout par ses aspects, la reine des nuits accorde au natif un crédit général dont il use dans l'existence, crédit qui lui vaut des faveurs, des grâces, des facilités, des considérations, comme s'il avait la propriété de plaire, qu'il ait des qualités ou des défauts, qu'il soit beau ou laid. Il semble que l'être se développe dans une heureuse ambiance maternelle et se jette dans la vie avec le sentiment, qui le soutient, qu'une chance l'accompagne, que la fée qui le berça le suit... C'est cette chance insensée, effrontée, irrationnelle, qui fait réussir l'être le moins doué là où échoue le sujet compétent, qui donne les meilleurs atouts à ceux qui le méritent le moins. Mais lorsque la Lune se trouve sur un nœud de dissonances, il est bien rare qu'elle ne se traduise pas par de la malchance pure, cette malchance aussi irrationnelle, déroutante et révoltante, qui attire comme un aimant les écueils, les échecs, les déboires, les catastrophes. Cet astre semble symboliser les circonstances extérieures, les impondérables, les incidents ou les opportunités, ce que l'on appelle en général "le hasard" et qui constitue le milieu, l'ambiance, où l'on s'anime; c'est souvent par ce canal que la Lune "apporte" sa chance ou sa malchance.
   
"The world through my eyes"
par Andi sur Flickr
Quant au Soleil, astre de la vie, de la destination de l'être, il est le facteur de la réussite. Il se différencie du facteur lunaire de chance, en ce sens que celle-ci contribue souvent à vivre heureux au jour le jour sans se mettre nécessairement au service d'un but, d'un idéal, alors que le Soleil vise en quelque sorte à couronner l'existence. C'est pourquoi lorsque l'astre du jour est au centre d'un réseau d'aspects harmoniques, il tend à se traduire par une belle réussite, une carrière brillante, une expérience sociale importante, une œuvre, une réalisation, bref une Réussite.
 
Mais on conçoit qu'un Soleil au centre d'un noyau de dissonances soit au contraire un facteur d'échec ; il est effectivement l'indice d'un "complexe" ou d'une "névrose d'échec". En observant la vie de certains malades, Freud fut amené à décrire le type de "ceux qui échouent dans le succès" (note 3), ceux pour qui le succès s'avère intolérable. Le syndrome d'échec se manifeste uniquement à partir du moment où les circonstances extérieures (avancement dans la carrière, succession d'un père ou d'un patron, gros lot, etc.) ont modifié la situation et apporté une amélioration morale ou matérielle de la vie, c'est-à-dire quand le sujet accède, analogiquement, à une position solaire (celle d'un directeur, d'un père, d'un supérieur...). L'échec intervient sous différentes formes: lentement ou brutalement, maladie organique, troubles psychiques, accident, complication sociale... Tout se passe comme si le sujet ne pouvait pas se maintenir au niveau solaire ou ne pouvait jouer le rôle solaire que dans une condition dramatique. La névrose d'échec, dit le Dr. Laforgue (note 4), est l'échec de la vie affective ou de l'activité sociale d'un individu. Elle s'observe à des degrés différents allant des manifestations les plus graves aux symptômes bénins. Dans les cas graves, toutes les initiatives, tant affectives qu'intellectuelles et sociales, avortent. Mais généralement, l'échec n'est que partiel, l'individu réussit socialement mais rate sa vie affective, ou, inversement, il réussit affectivement et échoue dans sa vie sociale. Une étude à reprendre de Lucien Caille sur la position solaire chez les rois et empereurs (note 5) semble bien montrer que l'astre est affligé de dissonances chez ceux d'entre eux qui ont été détrônés. En présence d'un Guillaume II dont le Soleil est en pleine opposition de Saturne, ou en face d'un Hitler dont le Soleil s'appuie sur un trigone de Lune-Jupiter en même temps que sur une opposition Mercure-Uranus, un Staline a son Soleil sur une triangulation en élément Terre, épaulé sur les trigones d'une conjonction Lune-Uranus et d'une conjonction Mars-Neptune ! On peut donc assez bien asseoir un jugement sur la réussite en se basant sur le Soleil.

"Destiny does not exist" par Omar Eduardo sur Flickr
Le point où se trouve la Lune à la naissance est un lieu de fécondité, de développement naturel, de chance, de facilité, d'abandon à sa nature, de spontanéité instinctive, de rêve, de laisser-aller, l'être est porté par son milieu. Ces tendances sont d'autant plus accusées que la Lune est bien placée : si elle est mal aspectée, elle est un lieu d'infériorité, de dépendance, de soumission, de vulnérabilité vis-à-vis du milieu, et aussi de débordement instinctif, de servitude matérielle, d'inadaptation concrète (en III dans l'entourage, en IV dans la famille, en VI dans le travail, etc.).
 
"Wheel of destiny"
par Jerry Reynolds sur Flickr
Là où est le Soleil, on trouve souvent le centre de l'existence, le lieu de l'élévation, de l'ascension, de la réussite, de la distinction du sujet, de la mise en valeur de sa personnalité. La réussite est ordinairement apportée par le mariage ou les associations lorsque le Soleil est en secteur VII, par les amis et appuis, lorsqu'il est en XI, par la famille lorsqu'il est en IV... (s'il n'est pas dissonant). Par contre, s'il est toujours l'indice d'une création, d'une expérience vitale, au point où il figure, il revêt la signification d'un échec, d'une épreuve majeure, lorsqu'il est mal aspecté.
        

Les transits des planètes lentes, comme Uranus et Neptune, en conjonction des luminaires marquent régulièrement des étapes cruciales de l'existence, des événements de premier ordre, et en général de grands actes constructeurs du destin. Les transits sur la Lune concernent le plus souvent la vie intime, l'existence privée (mariage, naissance d'enfants, déménagement...). Quant à ceux du Soleil, ils se rapportent très souvent à la vie sociale, à la carrière, et il est assez fréquent de voir Uranus ou Neptune rejoindre le Soleil lorsque le sujet réalise son chef-d'œuvre ou accède à la position ultime de sa carrière. Sur les 14 présidents de la IIIe République Française, il y a 5 présidents qui sont élus sous un transit solaire : Casimir Périer et Paul Deschanel (Uranus sur Soleil), Adolphe Thiers, Gaston Doumergue et Albert Lebrun (Neptune sur Soleil). Et encore faut-il ajouter que deux autres présidents, Jules Grévy et Paul Doumer, doivent au transit Uranus-Soleil d'avoir été nommés, l'un président de la Chambre et l'autre président du Sénat, et qu'un troisième, Mac-Mahon, doit au même transit sa nomination au poste de Gouverneur de l'Algérie. De nombreux recoupements paraissent confirmer ces vues. Né un 22 mars, Guillaume 1er est nommé roi de Prusse lorsque Neptune transite son Soleil, il appelle son ministre Bismarck, né un 1er avril, peu de temps après, lorsque Neptune rejoint le Soleil du second. Il est également curieux de constater que Félix Gouin est né le 4 octobre 1884 (Soleil 11° Balance) et Georges Bidault le 5 octobre 1899 (Soleil 12° Balance) : lorsqu'en 1946 Neptune transite leur Soleil, Gouin est nommé président du Conseil en janvier et est remplacé en juin par Bidault. Tout comme ses prédécesseurs John Adams et Ulysses Grant (et sans doute bien d'autres), Eisenhower accédait à la présidence des U.S.A. sous le passage de Neptune sur le Soleil (note 6). Sans doute des cas isolés ne constituent-ils pas une preuve, mais ceux-ci sont évocateurs, et une application systématique prouverait tout à la fois le principe de l'astrologie, la souveraine vertu des transits et le symbolisme du Soleil "en action".
 
"Prairies burning"
Le lunaire, celui qui est fortement signé de la Lune, a souvent une destinée mouvante, instable, changeante, aux reflets divers suivant les époques. Passif, réceptif, il est un peu comme la barque qui suit le fil de l'eau, il attend les occasions, les circonstances, il écoute ce que l'on dit, il se fie au hasard et il compte sur sa chance. Il attend, au fond, que les autres fassent son destin et meublent son existence. Il est souvent tenu par des sentiments d'infériorité qui ne l'incitent pas à sortir de sa condition, il reste souvent dépendant, a de la difficulté à se constituer une vie autonome mais il se plait tel qu'il est et peut être heureux du peu que lui donne la vie, il aspire à une existence simple.
 
Le solaire a souvent une destinée bien tracée, droite, orientée par une grande passion, un idéal, une œuvre, une vocation. Actif, il entend "mener sa barque" sans contrainte, en pleine liberté, et même faire le destin des siens, de son entourage, maître de lui, il est du même coup maître dans son univers. Il compte sur lui-même à peu près exclusivement, et, fort de sentiments de supériorité, il édifie une vie dans laquelle il fait entrer les autres, un certain univers où il est le centre. Il a des exigences mais n'est pas facilement heureux, il aspire à une existence riche.      
  • À l'Ascendant, la Lune octroie un caractère lunaire, passif, réceptif, influençable, instable, fantasque, attendant la chance plutôt que porté aux initiatives personnelles, ayant de la difficulté à se constituer une vie autonome et cherchant à se nourrir de son milieu, milieu ambiant auquel il appartient. Fait le disciple (propice en naissance féminine, néfaste en naissance masculine, le sujet étant féminisé).
  • À l'horizon oriental, le Soleil octroie un caractère solaire, actif, rayonnant, entreprenant, s'imposant par son magnétisme, son attraction, porté à se faire une vie au-dessus de sa condition de naissance et à transformer son milieu. Fait le chef, le maître (propice en naissance masculine, néfaste en naissance féminine, le sujet étant virilisé).
  • Au Milieu-du-ciel, la Lune fait dépendre la destinée de la chance, du hasard, de la fantaisie. Chez l'homme, la femme fait assez souvent la situation. Le sujet se met quelquefois au service d'une cause supérieure. Il lui arrive d'avoir de la popularité ou une vie publique.
  • Le Soleil de midi est un indice d'élévation sociale ou spirituelle, d'ascension, d'autorité ou de rayonnement dans le milieu où l'on vit. Le sujet fait souvent un chef, une "tête", qu'il soit directeur d'entreprise, petit patron, chef de bande, directeur d'une équipe sportive, maire, préfet ou président du conseil...
  • À l'occident, la Lune permet d'avoir des échanges multiples avec le monde extérieur et de se détendre au contact avec autrui, la sympathie s'établit vite. Propice en naissance masculine, le sujet projetant sa féminité sur sa partenaire. Néfaste en naissance féminine, la native projetant son pôle féminin sur son partenaire.
  • Au Soleil couchant, les échanges avec le monde extérieur sont importants et le sujet tend à en dépendre pour une grande part. Un mariage au-dessus de sa condition ou une association importante peut être le point de départ de la réussite. Propice en naissance féminine, néfaste en naissance masculine.
  • Au Fond-du-Ciel, la Lune donne à la vie privée une certaine saveur, en particulier à la vie au foyer et dans la famille. On est attaché à ses racines, à ses origines, à son enfance, à son passé, et l'on aspire à une vie calme et paisible.
  • Au Soleil de minuit, la vie sociale est souvent sacrifiée au profit de la vie intime, surtout de la vie de famille. C'est aux dernières de l'existence qu'on donne le meilleur de soi.
     
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Notes :

1- Cf. Briffault, II, 624, "The Mothers".
2- Mircéa Éliade. "Traité de l'Histoire des Religions", Payot, p. 163.
3- Sigmund Freud. "Jene die am Erfolge scheitern".
4- Dr. René Laforgue. "Psychopathologie de l'Echec". (Payot).
5- L'investigation astrologique (Cahiers astrologiques, mars 1947).
6- En 1953, Neptune transitait également le Soleil de Laniel, devenu Président du Conseil.